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cécile duflot

  • EE-LV, le (premier) trophée de chasse de Hollande

    Il est de coutume de dire que François Mitterrand a eu la peau du parti communiste au cours de ses deux septennats. Il faut dire que les communistes, empêtrés dans leur allégeance peu critique au communisme soviétique l'ont bien aidé dans cette tâche dont on n'a pas fini de payer le tribut. N'oublions pas que ces années 80 ont été également celles de la montée du Front national. Qu'on le veuille ou non, notre pays a besoin d'un parti tribunicien qui joue un rôle d'exutoire des colères populaires (1).

    Trente ans après, un autre François (Hollande) est en train d'avoir la peau d'une autre formation Europe écologie-les Verts (EE-LV) qui entend faire de l'ombre au parti présidentiel. En effet, l'une des raisons essentiels de la division des écologistes (qui s'est traduite ces derniers jours par le départ en fanfare de François de Rugy et jean-Vincent Placé) est la conséquence de la pression que fait l'Elysée, depuis des mois, sur le parti écolo pour qu'il accepte de le soutenir dès le premier tour lors de la présidentielle de 2017.

    Le pari de François Hollande est simple : il ne peut espérer arriver au second tour de l'échéance que si la droite est représentée par Nicolas Sarkozy (qui se retrouverait concurrencé par François Bayrou) et si la diversité des candidatures n'est pas trop forte. En clair, il ne faut pas que les écologistes présentent un candidat (Cécile Duflot) qui pourrait lui grappiller trois ou quatre points qui lui seraient fatals. On pourrait gloser sur le calcul risqué du Château : il est peu probable qu'une majorité d'électeurs écolos le soutienne dès le premier tour alors que le  Président (jusque-là) a semblé presque en retrait par rapport à Nicolas Sarkozy sur l'écologie qui avaient au moins initié des états généraux. 

    En faisant pression sur des leaders écologistes dont le sens politique est inversement proportionnel à leur fougue, François Hollande a réussi à faire éclater une mouvance écologiste qui, depuis la mésaventure Eva Joly (2% en 2012), est très sceptique sur sa capacité à faire valoir ses idées lors de la présidentielle. Pour être tout à fait honnête, précisons que le Président a bénéficié d'une faiblesse structurelle de cette organisation EELV qui avait été façonné voici quelques années par... J.-V. Placé sur un mode très daté. Ce dernier a au moins raison sur un point : EE-LV fonctionne sur le modèle des années 70 ("gauchiste", dit-il) avec une prégnance des débats idéologiques (à chaque congrès, 5 ou 6 motions se disputent les suffrages de moins de 5000 adhérents...) et une incapacité à construire un réel lobby écologiste.

    Mais ce calcul politique risque est malheureusement assez cohérent avec nos institutions qui sont calquées sur le modèle américain (deux candidats au final) sans, pour autant, bénéficier des avantages du système des USA. La 5e République est une formidable machine à éliminer la diversité politique et à broyer le débat politique. Il serait peut-être temps de s'en apercevoir.

    En refusant toute réforme institutionnelle, François Hollande a pris un gros risque à trois mois de la conférence sur le climat : affaiblir ceux qui, par-delà leurs divergences, ont été les précurseurs d'un autre modèle de société, plus en harmonie avec les équilibres naturels. Avec cette stratégie machiavélique, il prive notre pays d'une voix originale, parfois agaçante, mais irremplaçable. c'est ce qu'on appelle un beau gâchis politique...   

     

    (1) Mon propos n'est pas de faire un lien entre ces deux courants qui ne partagent aucune valeur, mais d'expliciter la fonction que le PC joua dans l'après-guerre et que prolonge, d'une certaine façon - et de la pire - le Front de la famille Le Pen.  

  • Comment plomber Eva Joly, mode d'emploi

    Et si Daniel Cohn-Bendit avait eu raison voici un an lorsqu’il avait suggéré à son parti Europe écologie les Verts (EELV) de ne pas présenter de candidat(e) à l’élection présidentielle ?daniel cohn-bendit, eva joly, cécile duflot L’argument de « Dany » était le suivant : cette élection ne correspond pas à la culture politique de la formation écologiste et de toute façon, celle-ci est vouée à ne pas gagner l'élection suprême, tout juste à espérer atteindre la très symbolique barre des 5% ; il vaut mieux dès lors tout miser sur les élections législatives en faisant en sorte de peser sur le programme de gouvernement. Au vu des événements depuis une dizaine de jours et la priorité absolue donnée par l’appareil du parti à la constitution d’un groupe parlementaire, on peut affirmer que « Dany » avait visé juste.

    A quoi a-t-on assisté depuis plusieurs mois, si ce n'est l'accumulation des erreurs pour une stratégie gagnante à la présidentielle. D’abord, on a vu le candidat le plus populaire et le plus étiquetté « écolo », Nicolas Hulot, sèchement renvoyé à ses émissions télé dans le cadre d’une primairdaniel cohn-bendit, eva joly, cécile duflote (lire mon post du 20 août). Lui a été préférée une femme de caractère à la double nationalité - tout comme « Dany » - connue pour ses talents de juge (l’affaire Elf notamment), mais guère pour ses compétences en matière d’environnement. Mais comme Eva Joly apprend vite et qu’elle sent bien le vivier de militants de ce parti, elle a repris à son compte le « catéchisme » des Verts, parti qui s’est construit notamment sur son opposition viscérale au programme électro-nucléaire de la France. Alors même que l’Allemagne a décidé d’oublier l’atome, alors même que le traumatisme consécutif à la catastrophe de Fukushima est encore dans tous les esprits, la candidate écolo pensait que c'était le moment de faire preuve d’intransigeance car le fameux « consensus nucléaire » est en train de se fissurer.

    Problème : l’appareil EELV contrôlé par le duo Duflot-Placé a pour obsession de cdaniel cohn-bendit,eva joly,cécile duflotonstituer un groupe costaud à l’Assemblée, ce qui passe par un accord avec les socialistes qui doivent consentir à leur libérer une soixantaine de circonscriptions. Cette stratégie peut se défendre si on veut peser sur les choix et pour ce faire, éviter, au cas où François Hollande l’emporterait, que les socialistes aient une majorité écrasante à l’Assemblée. Mais dans ce cas-là, pourquoi aller « faire le mariole » à l’élection présidentielle du printemps puisqu’il ne sera pas possible pour ce parti, tenu par un accord de gouvernement, de défendre totalement ses convictions ?

    Si on veut caricaturer le trait, le parachutage de Cécile Duflot dans une circonscription parisienne en or est beaucoup plus stratégique (car elle permet de préparer l’élection municipale en rêvant de chipper la place à Anne Hidalgo) qu’un bon score à la présidentielle. Faire passer le score d’Eva Joly de 4 % à 7-8 % ne change presque rien pour la suite (les législatives) puisque tout est écrit d’avance et le nombre de députés EELV n’en dépend pas (ou à la marge). Il ne s’agit pas ici de nier les aspects novateurs de l’accord PS-EELV, notamment sur la réduction de la place du nucléaire, mais bien de s’interroger sur la cohérence d'une formation qui fait volontiers la morale à la terre entière dans un contexte de discrédit profond des politiques.

    Voilà comment on plombe une candidate nouvelle qui pouvait apporter, quoiqu'on en dise, de l'air frais dans une campagne très franco-française, voilà comment on dégoûte encore une fois des électeurs et militants qui ont cru qu’au moins dans ce parti, la parole politique était sincère. Dans ce contexte, il eût mieux valu écouter Dany et ne pas faire mine de courir deux lièvres à la fois. Ou alors négocier un accord avec le PS dans l’entre-deux tours de la présidentielle après avoir obtenu un bon score. Mais rester au milieu du gué comme le fait EELV, c’est non seulement condamner Joly à de l’équilibrisme (ce qui n’est pas sa spécialité) et affaiblir considérablement les idées que les écolos entendent porter.

     

    PS: Rien à voir avec ce qui précède (quoique): le livre « Le scandale des biens mal acquis » des journalistes Xavier Harel et Thomas Hoffnung (éditions La Découverte) montre formidablement l'envers noir (c'est le cas de le dire...) des campagnes électorales françaises. On espère, sans trop y croire, que cette pratique est vraiment derrière nous et que la redéfinition des relations France/Afrique ne sera pas oubliée lors de la campagne à venir...

  • Quatre leçons pour un scrutin à oublier

    Le second tour des élections cantonales a finalement confirmé, dans ses grandes lignes, le premier. La divine surprise espérée par la droite, pour faire oublier ses résultats calamiteux du 20 mars, n'a pas été au rendez-vous. Malgré l'implantation, parfois ancienne, de ses candidats, malgré un scrutin cantonales,marine le pen,nicolas sarkozy,martine aubry,cécile duflot,jean-luc mélenchonqui favorise (favorisait?) les notables locaux, la droite a dû abandonné entre deux et quatre départements (la Loire et la Savoie ont encore une issue incertaine) sans compter deux départements d'Outre-mer alors que l'UMP reprend un seul département (le Val d'Oise) en raison de la division locale, là où voici peu Dominique Strauss-Kahn faisait la pluie et le beau temps.

    Au regard de ces deux dimanches (faiblement) électoraux, quels enseignements tirer dans la perspective du scrutin majeur à venir, la présidentielle de 2012?

    1/ Le mode d'élection des conseillers généraux est complètement désuet.

    Rien n'a changé fondamentalement depuis la IIIe République qui avait fait du département le niveau de consolidation du pouvoir républicain, encore fragile, avec la figure centrale du préfet. Le conseil général était alors chargé de relayer le message républicain en échange d'une reconnaissacantonales,marine le pen,nicolas sarkozy,martine aubry,cécile duflot,jean-luc mélenchonnce toute symbolique. La France était alors majoritairement rurale, avec une forte stabilité géographique et des réseaux familiaux très puissants. Voilà pourquoi des dynasties, radicales, conservatrices, se succédaient pendant des décennies. Mais avec la décentralisation, la montée du fait urbain, les profondes transformations sociologiques liées aux Trente Glorieuses puis à la crise destructrice, la figure du canton a perdu beaucoup de signification pour les moins de 60 ans. S'est superposé à cela la montée de l'intercommunalité qui a encore brouillé la lisibilité du rôle du conseiller général puisque sa circonscription correspond rarement aux limites des communautés de commune, et a fortiori d'agglomération. Aujourd'hui, nous avons deux fois sur trois des conseillers généraux inconnus des électeurs, désignés par moins de 15 % de ceux-ci (pour un élu à 52 % avec 30 à 35 % de participation). Il fallait modifier ce mode de scrutin complètement décalé avec le XXIe siècle, pas forcément en en finissant avec le département, comme l'avait souhaité la commission Attali (car le département joue un rôle utile en matière sociale, notamment). Deux pistes de réforme étaient envisageables. La première consistait à s'inspirer du mode scrutin des municipales dans les communes de plus de 3500 habitants : une élection à la proportionnelle avec une prime majoritaire à la liste arrivée en tête. L'autre, plus audacieuse, serait de prendre appui sur les structures intercommunales qui maillent maintenant tout le territoire, pour désigner des représentants au conseil départemental. Chaque scénario présente un inconvénient majeur: le premier de donner la part belle aux partis et aux logiques d'appareil ; le second de s'appuyer sur des structures encore jeunes dont la légitimité démocratique est contestable (puisque les élus de ces structures ne sont pas désignés directement par les électeurs). Au lieu de cela, le gouvernement a choisi une solution technocratique qui n'est pas gage de clarification avec un conseiller territorial, élu dans le cadre de super-canton qui siégera à la région et au département. C'est une façon de légitimer le cumul des mandats et surtout cela fragilise la vie des deux collectivités, notamment la région, puisque les élus seront plus porteurs des intérêts de leur petit territoire que du grand. Mais la gauche qui n'a su faire évoluer le système (pour ne pas mécontenter son réseau d'élus?) est mal placée pour critiquer, car l'anachronisme ne pouvait perdurer longtemps.

    2/ La droite est dans le pétrin et ne sait comment en sortir.

    Comme je l'ai expliqué ici dans mon précédent post, sa stratégie est maintenant guidée par la peur. Peur de se fairecantonales,marine le pen,nicolas sarkozy,martine aubry,cécile duflot,jean-luc mélenchon éliminer du second tour de la présidentielle; peur d'être accusé de « mollesse » par le FN sur les questions de sécurité et d'identité nationale (d'où les nouveaux dérapages verbaux du bien peu inspiré Claude Guéant) ; peur de se faire rappeler ses promesses non tenues de 2007 notamment sur le pouvoir d'achat et la valorisation du travail.

    L'entre deux-tours a laissé apparaître les failles qui s'élargissent dans la majorité présidentielle. La consigne du « ni-ni » (ni FN, ni front républicain) a été très peu suivie par l'électorat dans le cas de duels FN – gauche. Selon une enquête Ipsos réalisée avant le second tour (citée par Le Monde dans son édition du 29 mars), plus de la moitié des électeurs UMP n'ont pas respecté la consigne de la direction nationale, deux tiers d'entre eux annonçant voter pour la gauche, un tiers pour l'extrême droite. La volonté de se faire bien voir des électeurs de « Marine » n'a pas non plus été payante car , dans le cas de duels gauche-droite, la plupart d'entre eux ont refusé de choisir. Désobéissance par rapport à la consigne Copé/Sarkozy et dédain des électeurs FN pour les candidats UMP... l'addition est salée pour la droite présidentielle qui ne sait plus à quel saint se vouer. Dans son fief des Hauts-de-Seine, deux divers droite, à Neuilly et à Levallois-Perret, l'emportent sur des sarkozystes pur jus, notamment dans le canton détenu naguère par Nicolas Sarkozy. Même si beaucoup se demandent tout bas si le président sortant ne les emmène pas au casse-pipe électoral, ils ne seront pas très nombreux à faire état de leurs doutes. Et la comédie du pouvoir va continuer avec le slogan qu'aimait tant l'ancien premier ministre Alain Juppé: « droit dans les bottes! ».

     

    3/ Le FN s'ancre profondément dans le pays.

    Tous les médias ont parlé de déception pour le FN qui comptait engranger une dizaine de conseillers généraux et n'en récolte que deux. Effet d'optique car l'enjeu pour ce parti était marginalement le nombre de ses élus, plus sûrement sa capacité à perturber le jeu traditionnel. Encantonales,marine le pen,nicolas sarkozy,martine aubry,cécile duflot,jean-luc mélenchon se qualifiant pour le second tour dans 400 cantons et en rendant chèvre l'UMP sur l'attitude à adopter à son égard, Marine Le Pen a dominé le jeu électoral. Les résultats du second tour, même s'ils ont pu décevoir les leaders du FN – et rassurer les démocrates – doivent être regardés attentivement. Du premier au second tour, ses candidats ont gagné près de 300 000 voix alors même que la participation a faiblement progressé. Cela veut dire que le FN a des réserves de voix et peut encore progresser. Un sondage publié dans la dernière édition de Marianne sur les abstentionnistes indiquait qu'environ un tiers d'entre eux, s'ils se déplaçaient, pourraient voter pour le FN (contre environ 15% pour l'extrême gauche et le reste pour les partis de gouvernement). Pour la première fois de sa déjà longue histoire, le FN mord sur le coeur du monde du travail, à travers quelques responsables syndicaux locaux (CGT, CFTC, CFDT et même Sud) qui ont pris le dossard FN pour ce scrutin. Cela était totalement inimaginable voici une dizaine d'années car le FN apparaissait alors comme un parti pro-patronal. Dans une France qui se déchaîne contre les privilégiés du CAC-40, qui voue aux gémonies les banquiers et le monde de l'argent, Marine Le Pen apparaît être un espoir pour une fraction non négligeable qui reste sur le bas côté de la mondialisation. Non pas pour qu'elle assume des fonctions politiques de premier plan (qui y croit vraiment?) mais pour qu'elle « foute la frousse à ceux d'en-haut ». La fracture élite/peuple qui était apparue clairement lors du référendum européen de 2005 s'accentue, et même si le Front de gauche récolte quelques dividendes, c'est d'abord le FN qui en fait son beurre. A refuser de voir cette réalité en face, la classe politique se condamne à des gueules de bois à répétition.

    4/ La gauche l'emporte, mais risque l'éparpillement.

    Les formations de gauche, à l'exception des écologistes plutôt euphoriques avec le doublement de leurs élus et le triomphe électoral dans le Bade-Wurtemberg, sont restés calmes devant l'effondrement de la droite. D'une part, parce que les conquêtes espérées, notamment dans la Sarthe de François Fillon ou le Rhône de Michel Mercier, ne sont pas au rendez-vous. Ensuite, parce que le FN taille des croupières dans l'électorat de gauche dont une partie doute réellement de la capacité de la gauche de gouvernement à lui redonner espoir. Enfin, et cette donnée a été peu soulignée par les observateurs, parce que ses fiefs traditionnels sont contestés de plus en plus ouvertement. Dans les Bouches-du-Rhône, dans le Nord, dans l'Aude ou ailleurs, le vieux socialisme, volontiers clientéliste, parfois affairiste, est lui aussi décalé avec les aspirations profondes de l'électorat. D'où la perte de sièges ici ou là qui devraient pousser les appareils à renouveler leur personnel et leurs pratiques. Il en sera sans doute rien tellement les élus locaux dans les grandes fédérations vont être choyés dans la campagne pour les primaires qui démarrent au lendemain de ces cantonales, dont les résultats ne sont pas à la hauteur de l'effondrement de l'UMP.

    Europe écologie/les Verts a raison d'être satisfait de sa performance. La formation écologiste gagne des élus sur des terrains peu favorables historiquement à ses thèses (Haute-Vienne, Indre-et-Loire, Meurthe-et-Moselle...) et elle l'emporte dans un certain nombre de duels face à des sortants socialistes un peu usés. Pour autant, la greffe écologiste dont le drame japonais a accru la légitimité ne prend pas dans les territoires les plus fragiles. A l'exception de Sevran (en raison de la conversion écologiste du maire ex-PCF), les candidats écologistes ne sont pas jugés en phase avec les préoccupations d'un électorat très paupérisé. Même si la critique du « toujours plus consommer » pourrait avoir une résonance dans cette population étranglée par la vie chère et les crédits à la consommation, l'écologie apparaît comme un luxe de bobos, en tout cas de membres de la classe moyenne qui ne vivent dans la hantise des fins de mois difficiles. Quant au Front de gauche, ses bons résultats – avec la conservation de deux départements et la conquête de quelques sièges notamment dans le Massif central – sont difficiles à interpréter. S'agit-il d'un succès de la stratégie de radicalisation de la gauche de la gauche, initiée par Jean-Luc Mélenchon et suivie vaille que vaille par le PCF? Ou alors cela traduit-il la bonne implantation de certains élus communistescantonales,marine le pen,nicolas sarkozy,martine aubry,cécile duflot,jean-luc mélenchon qui savent se rendre utiles à la population? Sans doute un peu les deux.

    Toujours est-il que la gauche est plus fragmentée que jamais et qu'il sera bien difficile de construire une plate-forme commune sur des sujets aussi sensibles que le nucléaire, la construction européenne ou la question du pouvoir d'achat. Les mois qui arrivent ne vont pas être de tout repos pour les négociateurs des partis de gauche. Espérons simplement que Marine Le Pen, avec son discours simpliste et ses formules lapidaires, n'engrangent pas trop de soutiens pendant cette période où la gauche comme la droite vont chercher un leader et/ou un programme...

  • Pourquoi tant de violences en politique ?

    Guerre ouverte entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Attaque de Bernard Accoyer contre Jean-François CoVillepin - Sarko.jpgpé. Compétition sans merci entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Opposition forte entre Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot. La politique est monopolisée, ces derniers temps, par des affrontements souvent musclés entre des hommes et des femmes qui sont, théoriquement, dans le même camp. La chose n'est pas nouvelle – pensez aux oppositions Chirac / VGE et Mitterrand / Rocard par exemple. Mais elle revêt de plus de plus une dimension obsessionnelle comme s'il fallait s'affirmer par rapport à celui qui est politiquement proche de soi. Tous les coups, toutes les allusions (notamment à la folie supposée de son rival) sont permis On est assez loin d'une éthique démocratique qui suppose un respect mutuel. On est plutôt dans l'étalage quotidien de la haine.

    Quelles conséquences cela a-t-il sur l'espace politique? Soyons clair: cela contribue encore à assombrir le blason d'une sphère fortement discréditée. Pour de nombreux concitoyens, non seulement les politiques mentent allègrement et manquent de courage, mais ils se conduisent comme des gamins insupportables, se chamaillant et incapables de se maîtriser. Dans une société où le « moi je » règne en maître et où se banalise la violence, il y a un besoin fort de préserver un espace ouvert qui obéisse à d'autres règles. Qui valorise l'intelligence et l'art de la conviction sur les ficelles faciles de la démagogie et de l'humiliation de l'autre. Mais quand un président de la République traite un citoyen de « pauv'con », quand le principal parti d'opposition se déchire lors d'uAubry - Ségo.jpgn congrès, s'accusant mutuellement de tricherie, quand un socialiste change de camp en pleine campagne présidentielle et reprend à son compte les thèmes auparavant honnis de l'identité nationale et de la chasse aux immigrés, on « trivialise » la politique; on en fait simplement un objet marchand puisque tout s'achète et que toutes les valeurs sont fonction du contexte et des opportunités.

    Cette affaire est grave car le politique n'a plus aucune légitimité à s'opposer à la montée des violences. Comment rendre crédibles les discours sur le « vivre ensemble », sur les voies pacifiques de résolution des conflits quand le « spectacle » de la politique n'obéit qu'aux lois de la trahison et du cynisme? Comment le Premier des Français peut-il donner envie d'entraîner le peuple dans son exhortation de la tolérance et de l'écoute des autres (message de voeux 2010) quand lui-même poursuit avec obsession l'idée de se venger d'un ancien Premier ministre? Comment faire évoluer la réflexion de certains jeunes embués dans la violence qui sont persuadés d'être victimes d'un complot dirigé contre eux, quand un conseiller de l'Elysée brandit cet argument à propos d'une vague et banale rumeur d'adultère? Bien des politiques qui font et défont les carrières devraient penser à l'image qu'ils donnent. Ils n'ont pas conscience, les malheureux, qu'ils sont en train de scier la fragile branche sur laquelle ils évoluent.

    Dans la sphère politique, il existait un courant qui semblait préservé des affres de la violence destructrice. Les Verts entendaient ainsi « faire de la politique autrement », respecter les personnes et ne s'opposer que sur des idées. Si tant est que cela ait un jour existé, il faut dire tranquillement que ce temps est révolu. Le mois qui a suivi la bonne perfoDuflot - Dany.jpgrmance d'Europe écologie a été marqué par des affrontements internes d'une rare violence entre les camps Duflot et Cohn-Bendit. Au centre des « débats », la question de la transformation des structures et l'éventuelle dissolution des Verts dans un ensemble plus vaste. Un ami arrivé récemment à Europe écologie me racontait l'avalanche de mots assassins qu'il a entendus et parfois endurés (« Je vais t'écrabouiller »...). Curieux scénario d'un mouvement qui se déchire alors qu'il est, à la différence de l'UMP ou du MoDem, dans une phase ascendante.

    Il n'y a pas d'explication simple à cette dégradation des moeurs en politique (même s'il faut se garder d'idéaliser le passé). Peut-être faut-il y voir la conséquence de cet affaiblissement prodigieux des références idéologiques, qui a libéré l'affirmation des ambitions personnelles. Plus de tabou, par exemple, à dire deux ans avant l'échéance, qu'on est candidat à l'Elysée! Les partis ne sont plus, pour certains de ses responsables, qu'un espace destiné à la conquête du pouvoir. La réflexion peut attendre ou alors elle est sous-traités à des thinks tank ou laboratoires internes.

    Dans ce contexte, la décision de communistes critiques (comme Patrick Braouezec) de quitter leur parti pour imaginer de nouveaux lieux politiques et la proposition de Dany Cohn-Bendit d'organiser Europe écologie sous la forme d'une coopérative (reste à en préciser les contours...) sont des initiatives intéressantes pour réfléchir à un dépassement de la forme « parti » qui s'est transformé en simple machine électorale.