22 février 2011

DSK: pourquoi tant d'emballement?

Alors que le monde est suspendu à la situation dramatique en Libye et la fuite en avant du dictateur Kadhafi - ami du ministre Ollier et admiré, entre autres, par le nouvel ambassadeur français à TDSK, Marine Le Pen, JL Mélenchon, médiasunis-, alors que le monde arabe vit une mutation sans précédent, voilà que nos médias français (franchouillards, oserais-je écrire) se passionne pour un non-événement: la venue à Paris pour une réunion financière du directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Bien entendu, tout le monde guettait un signe tangible de son intérêt pour 2012, tout en sachant bien que sa position internationale ne lui permettait pas de prendre position. Cela d'ailleurs lui aurait été reproché car, au vu de la situation tendue sur les marchés (notamment ceux des matières premières), une option de DSK sur la présidentielle aurait pu encore plus compliquer la situation internationale. N'oublions pas que l'onde de choc dans le monde arabe est lourde de conséquences pour le pétrole. Un renchérissement brutal des cours de l'or noir aurait raison de la timide reprise économique dans le monde occidental et on peut comprendre que le patron du FMI ait d'autres soucis que la présidentielle française (même il doit y penser de temps en temps, pas simplement en se rasant...).

Et voilà que nos bons médias s'emballent, jaugent une déclaration de sa femme sur son blog (qu'elle tient depuis belle lurette) et spéculent déjà sur un duel Sarkozy-DSK. Cette façon de précipiter l'agenda et de dicter aux Français le duel auquel tout le monde (dans les grands médias) rêvent ne peut qu'accroître les fractures dans l'opinion publique. Mais pensez donc, un tel duel serait si alléchant. Deux fauves de la politique face à face, chacun ayant côtoyé les grands de ce monde, chacun ayant construit de solides réseaux dans les milieux politiques, patronaux et médiatiques. Comme on prête à Sarko comme à DSK des casseroles (sans qu'on sache si elles seraient d'ordre personnel ou financier) qui pourraient sortir à cette occasion, les « observateurs » de la vie politique voient dans ce duel tous les ingrédients réunis d'une pièce à rebondissements.

Et le débat politique dans tout ça? Il a été encore une fois oublié. Comme l'a dit avec justesse François Hollande, c'est le directeur général du FMI qui s'est exprimé, pas le candidat putatif à la présidentielle. Qu'il se soit permis d'égratigner indirectement la gestion Sarkozy ne prouve rien, si ce n'est que DSK n'a pas oublié qu'il appartenait à la gauche française.

Fin d'un épisode (sans grand intérêt). Mais réfléchissons à ce que cette spectacularisation de la vie politique pourrait amener. La classe politique subit dans l'opinion un discrédit très fort. En tout cas, celle qui passe l'essentiel de son temps dans les palais parisiens de la République. Le tableau est connu et nul ne peut le contester. Les médias souffrent eux aussi d'un manque de crédibilité qui n'est pour rien dans la crise économique que traverse la presse écrite. Outre quelques ratés mémorables, on leur reproche d'être trop proches des puissants et de se désintéresser du quotidien des Français. Malheureusement, tout n'est pas faux dans ce tableau, même si le discours conspirationniste (voir des complots partout) qui l'entoure souvent est totalement réducteur.

Dans ce tableau sombre, la tentation des médias à vouloir annoncer un duel DSK/Sarkozy est non seulement risquée (on devrait se rappeller comment Balladur en 1995 puis Jospin en 2002, chouchous des médias, ont été éliminés dès le premier tour), mais dangereuse. Elle fait le lit du discours protestataire qui monte un peu partout dans la société. Celui-ci a beau jeu de comparer la fortune de DSK (d'autant que ses émoluments faramineux de DG du FMI ne sont pas soumis à l'impôt) au goût prononcé de l'argent de notre Président. En gros, l'héritier contre le nouveau riche. Cette thématique risque de ne pas servir celui qu'on veut lancer dans l'arène, DSK, mais d'alimenter le discours de Marine Le Pen (et accessoirement celui de Jean-Luc Mélenchon). Celle-ci atteindrait déjà 20% d'intentions de vote dans un récent sondage et ses marges de progression sont réelles. La candidature sous la bannière FN aux cantonales d'un syndicaliste de la CGT, ancien militant de l'extrême gauche, témoigne, même si le cas reste encore isolé, d'un attrait pour le discours plus social et ultra-laïque de la fille Le Pen (lire mon post du 13 décembre).

Vouloir discréditer l'éventuelle candidature de DSK au nom de sa fortune revient non seulement à donner du crédit aux thèses de l'extrême droite, mais à tuer le débat politique. On ne peut pas démolir un politique sur ce que sa naissance – ou son mariage – lui a donné. La critique doit porter sur la cohérence de son parcours (avec une question que j'ai du mal à trancher: peut-on avoir une gestion plus à gauche du FMI?) et surtout sur ses propositions. S'il s'avérait que le candidat des socialistes (en supposant que la primaire d'octobre le désigne) faisait preuve de frilosité dans l'indispensable lutte contre les inégalités et dans la redistribution des richesses, on pourrait alors se demander s'il est toujours de gauche et si sa fréquentation de la haute finance internationale (qu'il a habilement critiquée sur France2) n'a pas déteint sur ses convictions. Mais à l'heure d'aujourd'hui, tout procès d'intention à l'égard de DSK est déplacé. Il sert plus le FN que l'UMP, empêtré dans ses contradictions et ses ratages diplomatiques en rafale.

19 février 2011

Faut-il condamner l'outrance?

Le journaliste Eric Zemmour a écopé d'une amende (avec sursis) pour ses propos très contestables sur les "Noirs" et les "Arabes" à la télé. Toute personne ayant des convictions anti-racistes peut s'en féliciter: cette condamnation jouera, espère-t-on, un rôle dissuasif vis-à-vis de tous ceux qui, eric zémour,le pen,mélenchonvrais racistes ou démagogues irresponsables, activent les ressorts de la peur de l'Autre particulièrement vivaces en cette période troublée.

Pour autant, la condamnation devant les tribunaux d'un journaliste, porte-drapeau de l'anti-politiquement-correct qui serait l'apanage de la gauche morale, pose plus de questions qu'elle n'en résoud. D'une part, quelles sont les limites de la liberté d'expression? Le journaliste a estimé que les contrôles au faciès se justifiaient par le fait que les délinquants sont très souvent noirs ou arabes. Son point de vue doit être démonté de façon argumentée: la société française étant ethniquement et socialement stratifiée, il est malheureusement logique que les actes de délinquance soient davantage le fait de jeunes vivant dans des ghettos de pauvres que dans des ghettos de riches. Cela n'a pas grand-chose à voir avec la couleur de peau des délinquants. On observera que dans les quartiers huppés de la capitale ou dans la ville dont fut maire Nicolas Sarkozy, les fils d'ambassadeurs africains ne se font pas plus remarquer que leurs condisciples "blancs" par des pratiques délictueuses. D'ailleurs, on aurait quelques surprises si on enquêtait sur la consommation de drogue - et donc sur les réseaux de distribution - dans ces quartiers huppés paraît-il si tranquilles (mais là, comme par hasard, on est discret).

Donc, Eric Zemmour a tort non pas dans son constat, mais dans la conclusion qu'il en tire. Cela fait-il de lui un fieffé raciste? Pas sûr et à vouloir faire condamner ce type de propos, on réactive l'idée selon laquelle il ne faudrait pas dire la vérité dans ce pays. Cela met de l'eau au moulin de ceux qui estiment que les élites ne vivent pas les problèmes de la population et pratiquent le déni de réalité pour mieux protéger leur tranquillité. Evidemment, Eric Zemmour ne vit pas plus que ses confrères du Nouvel Obs ou du Monde à la Courneuve et ne franchit pas souvent le périph', mais il donne le sentiment à des millions de Français qui se sentent abandonnés qu'ils peuvent compter sur sa voix. Le condamner n'est pas forcément un bon moyen de combattre les clichés qu'il véhicule.

Par-delà la question de la liberté de parole qu'il me semble périlleux de vouloir contenir dans une démocratie d'opinions, se pose celle des lieux de contradiction. Pourquoi faut-il aller devant un tribunal alors même que le propos incriminé ne met pas en danger la paix civile? Pourquoi ne pas lui répondre dans une émission de grande écoute en montrant ses incohérences? D'une certaine manière, les anti-racistes ont renoncé à ce travail de pédagogie. Manque de courage? Peut-être. On se souvient que seul Tapie dans les années 80 acceptait de contredire Jean-Marie Le Pen, les autres politiques disant, pour se disculper de tant de lâchetés, qu'on ne débat avec le diable. Eh bien, si le diable est installé dans nos murs - certains disent en nous -, faut-il le laisser ainsi prospérer sans ne rien dire? 

Le média télé a une part de responsabilité dans cette surenchère démagogique et xénophobe. Pour contrer l'argument semble-t-il imparable de Zemmour (il y a beaucoup de Noirs et d'Arabes dans nos prisons donc ils sont culturellement moins respectueux de la loi que les autres), il faut prendre quatre-cinq minutes - sans être interrompu - pour expliquer les clivages sociaux et ethniques profonds de notre pays. Il faut parler des problèmes de déracinement des parents immigrés, de leur difficulté à trouver leur place et leurs repères. Il ne s'agit pas d'excuser des attitudes illégales, parfois graves, mais juste de montrer que dans notre République, tout le monde ne part pas sur un pied d'égalité. Mais quel programme télé à une heure de grande audience accepte de se prêter à cet exercice de pédagogie? Il est plus payant en termes d'audimat de mettre sur le ring Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui vont ainsi s'envoyer des noms d'oiseau à la figure que de convoquer des sociologues ou des journalistes de terrain pour parler ce qui se vit aujourd'hui.

Finalement, cette affaire Zemmour signe une double faillite de notre système politico-médiatique. Celle d'un certain journalisme qui éditorialise à outrance, ne prend plus le temps de se plonger dans les réalités complexes du terrain et se transforme en "causeur" (façon salons savants ou café du commerce). Faillite aussi de l'esprit de raison ou du "progressisme" qui, n'ayant plus la capacité ou la force de convaincre par des arguments, préfère faire juger les différends devant les tribunaux.  

25 juin 2010

Cela va (vraiment) mal finir...

Il règne une drôle d'ambiance dans ce pays. Quand je dis « drôle », je devrais plutôt dire bizarre ou écœurante. Sur le plan politique, le pouvoir remet chaque semaine une louche de rigueur alors qu'il jurait, au moment des régionales, qu'il n'y aurait pas de plan de réduction des dépenses. Personne ne le croyait alors, mais pourquoi ne faudrait-il plus croire la parole des autorités? D'ailleurs, à quoi bon appeler « autorités » des instances qui n'ont plus aucune crédibilité? Ces derniers jours, on a même vu le pouvoir s'interroger sur la réalité de l'augmentGuéant.jpgation des rémunérations des fonctionnaires prévue ce 1er juillet. Juste avant les vacances, il faut le faire! Et puis, on a pu lire dans un journal anglais que le secrétaire général de l'Elysée promettait pour l'automne de nouvelles coupes dans les budgets publics. Qui est-il, ce Monsieur Guéant, l'homme des basses œuvres sarkozystes et des relations aussi étroites que nauséabondes avec quelques dictateurs africains (qui ont eu la peau de Jean-Marie Bockel à la Coopération), pour faire ce type d'annonce? N'existe-t-il pas dans ce pays un Premier ministre et un ministre de l'Economie et des Finances? Pourquoi un tel mépris pour les autorités légitimes? A ce compte-là, puisqu'il faut faire des économies, pourquoi ne pas supprimer, après la Garden Party de l'Elysée, Matignon et quelques autres ministères?

Parlons-en, d'ailleurs, des maroquins ministériels. Certains d'entre eux,Christian blanc.jpg sans doute peu harassés de travail, se comportent comme des gougnafiers. Prenons l'exemple de Christian Blanc qui s'est fait pincer par Le Canard enchaîné avec une facture de 12000 euros de cigares pris en charge par le Trésor public. 12000 euros, Monsieur Blanc, c'est à peu près ce que gagne un Smicard sur une année! Ils sont des millions à se contenter de ce que vous fumez en une année... Le comble dans l'affaire, c'est que notre fumeur de havanes aux frais de la princesse désargentée, non seulement ne présente pas sa démission (ce qui se passe fréquemment chez nos voisins, et pour des sommes souvent moindres), mais qu'il charge un ancien de ses collaborateurs coupable, selon lui, de la fuite vers la presse.

Cela rappelle furieusement la situation du week-end dans l'équipe de France de foot où les joueurs firent la grève d'un entraînement, non pour dénoncer les propos inqualifiables d'un de ses membres en direction du sélectionneur (certes médiocre, mais ce n'est tout de même pas lui qui est en charge de marquer des buts), mais pour le soutenir ou faire semblant. La seule obsession de cette clique de bras cassés aux salaires ahurissants était de savoir qui avait révélé les propos de ce joueur particulièrement mal élevé qui avait conduit à son exclusion. Dans ce pays, ce qui est grave n'est pas d'avoir des pratiques illégales ou des paroles injurieuses, mais de révéler des faits. Le comble est que le Premier des Français reçoive, dès sa sortie d'avion, l'un des joueurs de cette Thierry Henry.jpgpitoyable équipe - par ailleurs remplaçant de luxe d'un prestigieux club espagnol - qui, à en croire la presse, serait l'un des meneurs de la grève de l'entraînement. Que cette rencontre ait lieu le jour d'une grande grève nationale (grève signifie perte de salaire pour ceux qui ne sont pas milliardaires du foot) ne semble pas choquer le Château.

La dimension affaire d'Etat prise par l'élimination de l'équipe de France, le choix d'un interlocuteur discutable (est-ce le responsable de la main qualificative des Bleus, le meneur de la fronde, le plus « capé » des Bleus qui est reçu?) par « l'autorité » publique qui prétend s'immiscer dans les affaires internes d'une fédération sportive pourtant autonome dans sa gestion, le mépris affiché en direction de centaines de milliers de citoyens qui craignent pour leur retraite... tout cela donne le vertige ou la nausée. On aimerait que quelques consciences nationales ou quelques éditorialistes courageux s'élèvent contre l'indignité nationale de cette nouvelle religion d'Etat qui en arrive à éclipser tout le reste. Ce 24 juin, par exemple, l'Elysée a annulé une rencontre avec des ONG pour parler du G20 et de la situation des pays pauvres... Sans importance tout cela au regard de l'avenir du coq français!

Cerise sur le gâteau, pourrait-on dire, on apprenait ces jours-ci le limogeage sans trop d'égards de deux humoristes qui intervenaient le matin sur France Inter. On peut aimer ou non leur humour (moi, j'aimais plutôt et je ne suis pas prêt d'oublierGuillon.jpg le sketch hilarant de Stéphane Guillon sur la venue de DSK), mais on ne peut que s'inquiéter des choix idéologiques des patrons du service public de la radio. Trouver scandaleux tel ou tel sketch, c'est par définition refuser le statut d'humoriste qui forcément franchit régulièrement la ligne jaune érigée par les censeurs. S'il ne provoquait pas la réaction des « grands » ou supposés tels de ce monde médiatique, il raterait son objectif. S'il n'était plus un poil à gratter, parfois mal élevé, inconvenant ou grossier, il ne serait plus digne du nom de bouffon.

Dans unLéotard bis.jpg livre écrit voici près de deux ans, François Léotard prophétisait un « ça va mal finir », en décryptant l'évolution du régime politique incarné par Nicolas Sarkozy pour lequel il avait voté. Celui qui n'avait pas toujours été un politique bien inspiré (souvenons-nous de la privatisation de TF1) trouvait des mots justes pour décrire cette dégradation générale du climat, cette banalisation de tout (de la fonction présidentielle, de l'honneur, du rapport éthique avec les deniers publics...). Il annonçait le règne des fausses valeurs et de la médiocrité ambiante. Nous y voilà donc. Et si l'on ajoute les conséquences d'une grave crise économique – dont les plus faibles vont payer le plus lourd tribut -, il faut vraiment s'inquiéter de la situation française. Sans vouloir jouer aux oiseaux de mauvais augure, rappelons tout de même que les fascismes européens sont toujours nés de la conjonction d'une décadence morale des « autorités », d'un sentiment d'humiliation nationale et d'une paupérisation des couches laborieuses. En tout cas, dans ce marais nauséabond, il est une responsable politique qui doit se frotter les mains. Elle porte le patronyme de Le Pen et le prénom de Marine...

10 avril 2010

Ce que cache "l'affaire Mélenchon"

Une polémique a envahi ces derniers jours la Toile. Elle fait suite à la diffusion d'une vidéo amateur dans laquelle Jean-Luc Mélenchon cloue au pilori un étudiant en journalisme qui a eu le malheur de l'interroger sur la Une du Parisien, entre les deux tours des régionales, consacrée au débat sur la réouM.jpgverture des maisons closes. Le leader du Parti de gauche ne comprend pas pourquoi l'interviewer (qu'il traite de « petite cervelle ») l'interroge sur cette affaire (qui « n'intéresse aucune personne de son quartier », dixit Mélenchon) alors même que le pouvoir s'est pris une claque aux élections et que la colère sociale gronde. Pour lui, cette question traduit le refus des médias de voir les « vrais-enjeux-qui-intéressent-les-gens » en s'excitant sur des sujets marginaux ou exotiques (1).

Depuis une dizaine de jours, cette mini-affaire a suscité un intense débat sur tous les forums et blogs. Une bonne partie des commentaires - tout en désapprouvant les excès du langage « mélenchonien » - partagent ses critiques sur le côté moutonnier et superficiel des médias. Lesquels montent en épingle cette affaire et se défendent de façon souvent maladroite, empreinte de corporatisme. Comme l'époque est difficile pour les journalistes (médias en crise, concurrence d'internet, appauvrissement culturel...), le « milieu » a tendance à réagir sans vraiment aller au fond des choses.

Le fond des choses, c'est quoi? C'est qu'une majorité de citoyens ne se reconnaissent plus dans le type d'infos qu'on leur propose. Ils sont persuadés que les médias ne disent pas la vérité, parce qu'ils sont aux mains de grands groupes, et ne s'intéressent pas aux sujets qui font le quotidien des gens. Lors de nombreux débats auxquels j'ai participé ou que j'ai animés, des questions sont revenues régulièrement sur ces thèmes, laissant entendre qu'il existerait un complot des médias pour taire des vérités dérangeantes. Ma réponse a été invariablement de réfuter cette thèse saugrenue et de mettre sur le compte du manque de journalistes dans les rédactions, de la prégnance de la logique de communication et des pressions de certains actionnaires pour expliquer les erreurs.

Cette réponse est incomplète. La question qui nous est posée est celle de la hiérarchie de l'information. Qu'est ce qui fait que trois faits divers sanglants démarrent un journal télévisé, que l'affaire des rumeurs autour des problèmes supposés de conjugalité entre M. et Mme Sarkozy occupe tant de colonnes (alors que la presse dit être dans la retenue)? Ce sont des choix faits par des directeurs de l'infos ou des rédacteurs en chef. Ils s'expliquent souvent par la recherche de l'audience, par la volonté de faire comme les autres et aussi, disons-le, par une certaine paresse intellectuelle, par un manque de curiosité qui fait aller au plus facile. Voilà pourquoi on peut retrouver à deux-trois semaines d'intervalle le même sujet, le même portrait dans des gazettes différentes.

Pour ce qui est de la chose politique, les personnes interrogées dans les partis sont à peu près toujours les mêmes. Au PS, vous avez les inévitables propos de Cambadélis, Bartolone, Moscovici, Harlem Désir, Valls ou Hamon (lui est porte-parole). Pour un article sur les écologistes, vous retrouverez immanquablement le point de vue de Mamère, Cochet, Placé ou Cohn-Bendit. Dans le Parti de gauche, c'est plus simple mais un peu monotone: vous avez Mélenchon et toujours Mélenchon. D'ailleurs, les journalistes impertinents devraient demander à celui-ci pourquoi son parti ne fait pas émerger de nouvelles têtes. Culte de la personnalité?

De façon très symptomatique, personne dans la presse ne s'est intéressé à la façon dont ont été recomposées les listes entre les deux tours des régionales. En Ile-de-France, comme je l'avais noté dans un précédent post, des candidats associatifs ont été éjectés des listes Huchon ou placés en position inéligible; des apparatchiks du PS, du PC, du Parti de gauche et des Verts ont atterri dans un autre département pour se faire élire (j'ai recensé tous ces cas de parachutage d'entre-deux-tours). Toutes ces pratiques, ces petits coups bas qui mettent à mal l'esprit de la démocratie sont trop rarement pointés et dénoncés par les médias qui apparaissent dès lors comme complaisants vis-à-vis des appareils. C'est peut-être la contrepartie pour avoir des informations auprès de ces mêmes appareils, mais cela commence à se payer très cher.

Pour retrouver du crédit, il ne sert à rien pour la presse de se déchaîner sur un tribun plébéien, comme il se définit modestement, mais il lui faut prouver qu'elle est vraiment indispensable au débat démocratique. Par moment, reconnaissons-le, on peut en douter sérieusement...

  1. Lire son argumentaire sur son blog www.jean-luc-melenchon.fr/