30 décembre 2009
Les questions sans réponse de 2009
Que retiendra-t-on de cette année 2009 qui s'achève dans le débat politique national ? Un seul scrutin majeur a émaillé ces douze derniers mois: celui des européennes. Marqué par une abstention massive, ces élections ont fait émerger une force majeure - Europe écologie -, confirmé la puissance électorale de l'UMP et fait apparaître l'échec de la stratégie personnelle, obsessionnellement anti-sarkozyste du MoDem de François Bayrou et l'état calamiteux du parti socialiste, devancé dans plusieurs régions phare (le Sud-Est, Ile-de-France) par les écologistes.
Sur le plan gouvernemental, le rythme des réformes ne s'est pas ralenti malgré des oppositions très fortes - notamment sur la suppression de la taxe professionnelle - transcendant les clivages politiques. L'équipe Fillon n'a aucun état d'âme, comme on l'a vu lors des deux vols expulsant des sans-papiers afghans. Toutes les réformes, y compris celle sur la Poste, devraient être menées à terme. Peu importe, pour elle, la mauvaise cote de popularité et la colère de plus en plus forte de certains pans de la population. Le duo Sarko/Fillon compte être jugé, au terme des cinq ans, sur le respect de ses engagements. Pas question de fléchir donc! Quitte d'ailleurs à sacrifier les élections régionales de mars. Les derniers mois 2009 ont été cependant périlleux pour l'équipe au pouvoir: fronde des élus locaux, malaise au sein même de l'UMP concernant le débat sur l'identité nationale avec ses relents xénophobes, difficulté à mettre en oeuvre la conversion écologique annoncée (échec de Copenhague pour lequel Sarko a mouillé sa chemise, taxe carbone retoquée par le Conseil constitutionnel).
Pour la deuxième partie de son quinquennat, le Président aurait tout intérêt à infléchir sa façon de gouverner: le mépris qu'il affi
che vis-à-vis de toutes les critiques, même venant de son camp, peut se retourner contre lui; son incapacité à laisser travailler l'équipe gouvernementale, sa tendance à court-circuiter les annonces ministérielles l'exposent à toutes les critiques (d'où son différentiel de popularité avec son Premier ministre). En outre, Nicolas Sarkozy va devoir prendre garde à la schizophrénie de sa politique: il donne des leçons de régulation et de moralisation du capitalisme au monde entier, y compris à Barack Obama, mais sa politique intérieure est loin d'être exemplaire à cet égard. Pourquoi s'obstiner à déréguler certains services publics? Pourquoi laisser se goinfrer les grands patrons, comme on l'a vu avec l'affaire Proglio (le nouveau patron d'EDF qui entend conserver son traitement de Veolia)? La question de la cohérence entre le « dire » et le « faire » est une nouvelle fois posée chez le Président. Si, comme c'est probable, les difficultés économiques et sociales s'aggravent en 2010, ce grand écart risque d'être de plus en plus insupportable.
Dans ce contexte difficile pour la majorité, pourquoi diable l'opposition n'est-elle pas en pointe? Cette question est centrale dans le débat politique. L'émiettement des forces critiquant la politique gouvernementale est une raison majeure. MoDem, Verts, PS, Parti de gauche (un nouveau venu en 2009), PCF, Nouveau parti anticapitaliste (issu de la LCR, mais sans que cette transformation ne donne les fruits escomptés), sans oublier les radicaux de gauche ou les restes du MRC de Chevènement... cela fait beaucoup de forces, parfois faibles, face à un parti présidentiel qui peut rassembler un tiers des suffrages au premier tour d'une élection. Dans ce contexte, l'affaiblissement du parti central de la gauche qu'était le PS sert l'ambition élyséenne.
La gauche est maintenant organisée autour de trois pôles qui ont du mal à s'articuler: un pôle écologiste (que pourraient renforcer certains déçus du MoDem, telle Corinne Lepage), un pôle socialiste extrêmement divisé, toujours incapable de clarifier les questions de son programme et de son leadership) et un pôle gauche de la gauche lui-même divisé entre les participationnistes du duo PCF/Parti de gauche et les intransigeants du NPA qui n'arrivent à dépasser les 5% malgré l'extrême popularité de leur leader. Tout cela rappelle le morcellement politique italien et c'est ainsi que Berlusconi a pu être réélu sans problème.
Vu la déconnexion entre élections locales et scrutin présidentiel, on peut déjà dire que la probable victoire de la gauche aux régionales (qui au pire devrait perdre une ou deux présidences) ne changera pas la question centrale: autour de quelle matrice idéologique la gauche doit-elle se réinventer? Peut-elle encore bricoler son modèle social-démocrate à bout de souffle (comme l'ont prouvé les élections allemandes)? Doit-elle se réinventer autour de l'urgence écologique, ce qui suppose des choix hardis en termes industriels, énergétiques, agricoles?
Le seul élément qui pourrait accélérer les choses serait la prise par Europe écologie d'une ou deux régions. Non seulement cela donnerait l'occasion aux écologistes d'expérimenter leurs idées, mais cela recomposerait la gauche. De nombreux militants et élus du PS, dégoûtés des pratiques de l'appareil et de certains barons locaux, seraient tenter d'aller voir du côté de cette nouvelle force. Histoire de voir si l'herbe y est plus verte que dans le vieux parti d'Epinay...
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20 juin 2009
Pourquoi Delanoë n'a rien vu venir?
Dans l'interview qu'a donnée Bertrand Delanoë au journal Le Monde (16 juin), une phrase a retenu mon attention. Non pas celle – relevée par certains journalistes – où il répond à la question « Avez-vous fait une croix sur vos ambitions au sein du PS? » par un « je n'ai fait une croix sur rien du tout ». Imagine-t-on qu'à cette question, le maire de Paris réponde tranquillement: « Oui, après mon échec à conquérir le PS à l'automne dernier, j'entends me consacrer entièrement à ma ville et après 2014, je prendrai ma retraite dans ma Tunisie natale et quitterai la politique »? Même s'il ne croit plus à son destin présidentiel – je n'en sais fichtrement rien -, il ne dira rien de définitif qui lui reviendrait ensuite comme une boomerang. Ne jamais injurier l'avenir, c'est une règle en politique qu'un jour d'avril 2002, Lionel Jospin, pris par un élan de sincérité et d'éthique démocratique, avait oublié. Il s'en est bien mordu les doigts ensuite.
Non, ce qui m'a intéressé, c'est cette petite phrase au détour d'un propos assez anodin. « J'avoue d'ailleurs que je n'ai rien vu venir [l'échec du PS aux européennes, NDLR], l'accueil étant comparable à celui des municipales de 2008 où j'avais recueilli 41 % au premier tour. » Un an plus tard, la douche n'a pas été froide, mais glaciale car la liste socialiste conduite par Harlem Désir, un proche de Delanoë, n'a recueilli que 14,7 %, devancée largement non seulement par l'UMP (30 %) mais aussi par celle d'Europe écologie (27,4 %).
Mon propos ici n'est pas d'analyser pourquoi le PS a perdu deux tiers de son électorat (sachant qu'en 2008, les listes Delanoë associaient dès le premier tour les communistes, les chevènementistes et les radicaux de gauche). Dans une note publiée sur ce blog dès le 7 juin « Le PS peut-il changer? », j'ai commenté à chaud la déroute socialiste, proposant quelques pistes explicatives. Non ce qui m'interroge, c'est pourquoi un homme aussi expérimenté politiquement que Delanoë (il a été numéro 2 du PS au début des années 80 et est élu parisien depuis plus de vingt ans) n'a rien vu venir. Pourquoi cette déconnexion entre le premier magistrat de la capitale et la population?
La question est d'autant plus intéressante que Bertrand Delanoë est considéré à raison comme un politique à l'écoute du terrain et un fin décrypteur des évolutions en cours. De plus, à la différence de bien des responsables, il ne cumule pas avec un autre mandat et est maire à temps plein. Et pourtant, il n'a rien vu venir. Il ne s'agit pas de s'acharner sur un homme qui a prouvé une forme de cohérence entre son discours et sa pratique, et qui présente le grand avantage d'avoir repris son activité de communiquant dans les années 80-90. Et pourtant, il n'a rien vu venir.
Une des explications de cette absence totale d'anticipation – partagée par la plupart des responsables socialistes qui, dans leurs pronostics les plus pessimistes, tablaient sur un 19-20 % - tient, à mon avis, à la façon dont la politique se fait aujourd'hui. C'est devenu une affaire de spécialistes où le maire est entouré d'une cohorte de collaborateurs (le cabinet du maire de Paris compte plusieurs dizaines de personnes) et de hauts-fonctionnaires. Les premiers de bon niveau sur le plan intellectuel sont au service de l'élu, ce qui développe chez eux plus des qualités de servilité que de courage. De plus, même s'ils étaient courageux en disant ce qu'ils pensent à leur employeur, seraient-ils en mesure de dire des choses pertinentes aux hommes politiques? En d'autres termes, la plupart des membres de cabinet sont eux-mêmes des professionnels de la politique car ils travaillent auprès d'un élu, militent souvent dans le parti politique de celui-ci et aspirent logiquement à passer de l'autre côté de la barrière.
Les seconds, les hauts fonctionnaires, sont souvent moins dépendants de l'élu – protégés plus ou moins par leur statut - mais développent souvent une vision assez technocratique de la réalité. Ils refusent pour certains de proposer une lecture politique des enjeux et ne peuvent dès lors pas éclairer beaucoup les élus.
Bien sûr, le maire peut se tourner vers ses adjoints qui présentent une plus grande diversité de sensibilités et d'origines. Certains sont plus jeunes et gardent une activité professionnelle; d'autres ne viennent pas du parti ou de la même « écurie » que l'élu. Tous disposent d'une liberté de ton précieuse. Mais trois cas de figure se présentent: soit l'élu tient à distance ses adjoint (ou en tout cas ceux qui pourraient exprimer des désaccords); soit il les sollicite mais ceux-ci sont d'une grande prudence, hésitant à dire ce qu'ils ont sur le coeur; soit les adjoints s'expriment librement, mais le maire n'est pas obligé de tenir compte de leurs avis).
De qui pourraient alors venir des sons de cloche différents? Des représentants d'associations ou de groupes en tout genre que l'élu rencontre? Pas évident car ceux-ci manquent parfois d'une vision globale et/ou ne veulent pas risquer de déplaire à un décideur dont ils sollicitent souvent le soutien, notamment financier? Des militants du parti? Là aussi, il existe une grande diversité de positionnement entre les militants qui sont subjugués par leur maire, ceux qui lui diraient bien leurs vérités mais n'osent pas et les quelques courageux ou lucides qui ont généralement peu de pouvoirs.
On pourrait penser également que le maire peut être alerté par les journalistes qu'il rencontre. Ceux-ci sont théoriquement bien à l'écoute des évolutions de la société. Là encore, effet d'optique. Nombre de journalistes politiques, à force de croiser élus, sondeurs et hommes de communication, ont tendance à ressembler au monde qu'ils sont sensés décrire avec distance. Sans oublier que les connivences ne sont pas rares et qu'une relation de fascination peut s'installer entre le journaliste et l'élu...
Tout cela pose la question de la lucidité de l'élu. Quels moyens il se donne pour ne pas être enfermé dans une relation asséchante avec ses collaborateurs du cabinet ou de l'administration? Pour réfléchir, lire et découvrir d'autres expériences? Comment être à l'écoute de ce qui bouge dans la collectivité qu'il entend représenter? Faire les marchés le samedi matin est plutôt une idée sympathique, mais largement insuffisante pour comprendre ce qui se joue dans les tréfonds d'une société.
Dans les prochaines années, il faudra inventer une autre façon de faire de la politique qui conjugue professionnalisme et proximité, efficacité et sens de l'écoute, participation citoyenne et capacité à décider. Il va falloir que la classe politique, souvent de bonne qualité sur le plan intellectuel, ne soit plus hors-sol. Peut-être faudra-t-il en finir avec ces cohortes de collaborateurs, communicants et autres courtisans qui empêchent, volontairement ou non, l'élu de comprendre les tendances de fond. Il va falloir faire de la politique plus simplement, de façon plus artisanale. Car sinon, on risque d'entendre beaucoup de Bertrand Delanoë confier l'air dépité: « Je n'ai rien vu venir ».
02:10 Publié dans Européennes, Parti socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : delanoë, ps, européennes, cabinets, hauts-fonctionnaires
14 juin 2009
Portrait-robot du député européen
Dans que
lques jours, les euro-députés prendront leurs fonctions à Bruxelles et Strasbourg. Pour la France, ce sont 72 parlementaires désignés par 40 % du corps électoral (ne l'oublions jamais!). Nul besoin de rappeler les équilibres politiques avec un groupe UMP supérieur d'une unité au total PS + Europe écologie (EE), 29 élus pour le premier cas et deux fois 14 pour les seconds. On rajoutera les 6 députés MoDem, les 5 du Front de gauche, les 3 du FN et le dernier de Libertas, Philippe de Villiers. La liste devrait évoluer car Jean-François Kahn, tête de liste MoDem dans l'Est, a déjà annoncé qu'il céderait la place à la seconde de liste, députée sortante, alors que Brice Hortefeux, élu à la surprise générale dans le Centre, ne devrait pas suivre à Bruxelles ses collègues Michel Barnier et Rachida Dati, pour rester au gouvernement, ce qui permettra à une femme de siéger au Parlement européen.
Regardons plus précisément qui représentera la France (sans tenir compte pour l'instant des deux démissions annoncées d'hommes). L'équilibre hommes/femmes est-il respecté, comme il devrait l'être selon l'esprit des lois sur ladite parité? Eh bien, à l'exception du groupe écologique qui compte plus d'élues (8) que d'élus (6) et du MoDem où l'équilibre est parfait, dans tous les autres groupes, les hommes sont plus nombreux que les femmes: à l'UMP, 16 contre 13; au PS, 8 contre 6; au Front de gauche, 4 contre 1 (le groupe le plus machiste!); au Front national, 2 contre 1. L'explication est toute simple: ces trois listes ayant placé plus d'hommes têtes de listes que de femmes, lorsque la liste obtenait un ou trois sièges, ces premiers étaient mieux représentés. On remarquera tout de même qu'avec 45 % de femmes députés, le Parlement européen fera deux à trois fois mieux que les deux chambres françaises.
Regardons maintenant l'âge de nos euro-députés. L'âge moyen est de 53,5 ans avec les deux extrêmes : l'écolo Karima Delli, 28 an
s, le frontiste Jean-Marie Le Pen, 80 balais. Là aussi, des différences sont sensibles d'un groupe à l'autre : autour de la moyenne, l'UMP (54 ans); en-dessous, le PS (52 ans) et EE (50 ans); au-dessus, le MoDem et le Front de gauche (56 ans), le FN (60 ans). On remarquera que la tranche d'âge 20-30 ans est représentée par 2 élus (UMP, EE), celle des 30-40 ans par 5 députés (2 UMP, 1 PS, 2 EE) alors que celle des 60-70 l'est par 17 députés (11 UMP, 2 PS, 3 EE, 1 Libertas). Ce n'est bien sûr pas la raison principale, mais il est clair que de nombreux jeunes ont du mal à se sentir représentés, au niveau générationnel, par des élus qui ont très souvent l'âge d'être leurs parents voire leurs grands-parents.
Venons-en à la provenance professionnelle de nos députés. Et là, les distorsions avec la société française sont encore plus flagrantes. Dans un pays où le groupe des ouvriers reste encore numériquement important, aucun élu – pas même à gauche – n'en est issu. On a du mal à trouver des petits employés, des artisans voire des agriculteurs (deux élus: l'Aveyronnais José Bové (EE) et l'Alsacien Joseph Daul (UMP) qui dirigeait dans la précédente mandature le groupe du parti populaire européen) alors même que la Politique agricole commune reste un budget majeur. En revanche, vous retrouvez pléthore d'enseignants, de médecins et, plus curieux, au moins 7 journalistes ou patrons de presse (dont Dominique Baudis, Jean-Marie Cavada, Jean-François Kahn, Patrick Le Hyaric). Quant aux professionnels de la politique – ceux dont on oublie de noter la profession tellement ils ont accumulé des mandats ou des fonctions para-politiques comme conseillers ou membres de cabine
ts -, il est difficile de les comptabiliser tellement ils sont nombreux.
Chaque groupe a son mode de sur-représentation : à l'UMP, il vaut mieux être issu des professions médicales (5), des métiers du droit (2 avocats et 1 magistrate) et de l'enseignement (5) pour être élu député européen. On peut aussi occuper un poste important, comme expert comptable ou directrice financière voire agent d'assurance, mais pas question d'être artisan ou commerçant – un électorat qui vote souvent UMP – et bien sûr ouvrier ou technicien pour siéger à Bruxelles.
Au PS, c'est plus homogène encore : tout le monde ou presque est universitaire, enseignant ou professionnel de la politique, à la rigueur avocat. Une seule exception: Françoise Castex, sortante réélue qui fut secrétaire générale adjointe du syndicat de l'éducation populaire. Avec le fondateur de SOS Racisme, Harlem Désir, elle a la seule à avoir une vraie expérience dans le monde associatif, avec lequel le PS aimerait tant avoir des relations. Parmi les élus socialistes, aucun syndicaliste ouvrier, enseignant ou agricole avec lequel le PS affiche pourtant sa proximité.
Europe écologie rompt avec ce monolitisme sociologique. Parmi les quatorze élus, on compte deux cadres dans des ONG environnementales, deux journalistes, deux ingénieurs, une magistrate, un paysan, une biologiste, une conseillère d'éducation... Si les catégories ouvriers/employés sont désespérément non représentées, au moins existe-t-il une vraie diversité en termes de parcours professionnels. Cette dimension a joué, selon moi, un rôle dans le succès des listes EE qui collaient mieux avec l'état de la société française, notamment par la représentation du tissu associatif.
Que conclure de cette rapide description des élus européens? Les électeurs votent de moins en moins les yeux fermés en reconduisant d'une élection à l'autre la même étiquette. Ils regardent de plus en plus le contexte politique et l'identité des candidats. Un même électeur a pu voter François Bayrou à l'élection présidentielle d'avril 2007, pour un député socialiste en juin 2007 et Europe écologie en juin 2009. Les partis auraient tout intérêt à présenter des candidats dans lesquels les électeurs peuvent s'identifier. Cela ne veut surtout pas dire dénicher des candidats people – l'effet peut être très négatif.
Cela signifie que les formations politiques devraient faire confiance à des personnalités compétentes incarnant un idéal. On en dira ce qu'on voudra par ailleurs, mais il est clair que Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly (Ile-de-France) ou José Bové (Sud-Ouest), mais aussi Jean-Paul Besset (Centre - proche de Nicolas Hulot), Michèle Rivasi (Sud-Est - spécialiste de la radioactivité) ou Yannick Jadot (Ouest - ancien négociateur du Grenelle de l'environnement) semblaient proposer plus de perspectives pour l'Europe que respectivement Harlem Désir, Kader Arif, Henri Weber, Vincent Peillon ou Bernadette Vergnaud pour le PS. Cela peut sembler très injuste pour ces personnalités sans doute méritantes, mais quelque chose nous dit que certains d'entre eux ne seraient jamais devenus députés européens s'ils avaient été élus à l'Assemblée nationale.
Les électeurs tiennent de plus en plus le raisonnement suivant : si les candidats paraissent trop éloignés de ma propre histoire et de mes préoccupations, ils ne sont pas vraiment crédibles pour défendre les idées auxquelles ils disent croire. Ils n'ont pas la force de conviction suffisante pour emporter le vote d'un électeur de plus en plus atomisé et dont le bulletin (s'il est déposé dans l'urne) va à celui qui répond aux questions qu'il se pose.
(1) Nous nous appuyons sur le portrait des 72 élus publiés par Le Monde dans son édition du 9 juin
01:19 Publié dans Européennes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : parlement européen, ps, ump, femmes, jeunes
07 juin 2009
Le PS peut-il changer?
Le scrutin de ce dimanche dans notre hexagone est assez clair. C'est la règle des 2/2. Deux gagnants et deux perdants. Un petite victoire pour l'UMP qui a surfé sur l'image très positive laissée par la présidence française de super-Sarkozy, et une grande victoire pour les listes Europe écologie emmenées par le toujours vert Daniel Cohn-Bendit.
Ce succès (autour de 15 %) est liée, selon moi, à la combinaison réussie de trois facteurs: de bons candidats crédibles ancrés dans la société et ses mouvements (un ancien responsable de Greenpeace, un paysan anti-OGM, une ancienne députée spécialiste des déchets nucléaires, une ex-magistrate engagé contre la corruption...); une vraie campagne européenne qui a évacué l'enjeu qui obsède les politiques, 2012; une adéquation avec les préoccupations du moment: la crise de notre système de développement et la question du réchauffement climatique.
A l'inverse, les deux grands vaincus, le MoDem et le PS, n'ont pas réuni ces trois conditions. Le parti de François Bayrou a voulu faire un tour de chauffe avant la présidentielle, sabordant son capital de sympathie sur l'Europe. Le Béarnais a trop donné l'impression de multiplier les coups au lieu de construire une formation en faisant émerger des idées nouvelles (et pas seulement des attaques contre Sarkozy) et d'autres têtes que la sienne. Pour autant, le patron du MoDem est loin d'être enterré pour la présidentielle...
Venons-en au PS. J'avais, dans une note du 23 mai intitulée « La grande frousse des socialistes », expliqué pourquoi tous les ingrédients étaient réunis pour que ce scrutin imperdable (le besoin de régulation, la crise de confiance envers le gouvernement Fillon) voit une nouvelle désillusion pour le PS. Tout à fait honnêtement, je ne pensais pas que le parti de Martine Aubry serait loin de la barre des 20%, qui était déjà considérée comme un minimum à atteindre. La gifle est terrible pour les socialistes qui se font doubler par les écolos largement dans deux régions: l'Ile-de-France (avec 12,8 %) et le Sud-Est (14,3 %) où le parachutage de Vincent Peillon, le Picardo-Parisien, s'est révélé - comme il fallait s'y attendre - catastrophique. Dans la région ultra-favorable à la gauche qu'est le Centre (comprenant le Limousin et l'Auvergne), le PS emmené par Henri Weber, parisien s'il en est, anciennement élu dans le Nord, fait un minable 17,8 %. Même dans l'Ouest où le PS espérait doubler l'UMP, il en est largement derrière.

Les raisons de ce vote-sanction sont nombreuses. Le choix des candidats était contestable, la proximité avec les barons (ou baronnes) étant souvent plus importante que le travail au Parlement européen. Quand on fouillait dans le CV des nouveaux candidats, on ne trouvait pas de paysan connaissant les réalités agricoles (le premier budget européen, tout de même), pas de militant associatif impliqué dans les réseaux européens, pas de responsable du syndicalisme ouvrier européen... On voyait surtout des professionnels de la politique, passant d'un mandat à l'autre (avec la situation caricaturale d'Aurélie Filipetti, députée française, voulant se prémunir contre une éventuelle défaite en 2012 en se faisant élire à Bruxelles) ou vivant dans l'ombre d'un leader et passant à leur compte. La situation d'extrême division, le souvenir encore vif du détestable congrès de Reims, la faiblesse du renouvellement du personnel ont joué évidemment un rôle dans l'éloignement des électeurs. Il est clair également qu'une partie des supporters de Ségolène Royal ont préféré donner une leçon à la direction de Martine Aubry qui n'a pas fait preuve de son sens de l'ouverture. Et puis surtout, on cherche en vain des idées vraiment nouvelles dans ce parti qui va d'échec en échec dans les scrutins nationaux.
Alors le PS peut-il se relever de cette nouvelle désillusion? Bien entendu, les chefs nous font le coup classique: nous assumons, nous allons changer, la mue du parti va s'accélérer. Le problème, c'est que lorsqu'on connait ce parti de l'intérieur, on voit bien que les jeux internes, la préparation de 2012 rendent difficiles voire impossibles cette véritable rénovation. Tout le monde a intérêt à ne pas bouger au même moment; il ne faut pas prendre trop de risques car les régionales arrivent et puis tous ceux qui vivent grâce au PS et ses élus (les permanents, les attachés parlementaires, les divers cabinets, etc.) ont un poids finalement plus important que les dizaines de milliers de militants qui voudraient que ça bouge.
Que va-t-il se passer? Beaucoup d'agitations, de petites phrases, peut-être une remise en cause de l'autorité de la première secrétaire) et puis, le ronron va reprendre car il faudra bien préparer la future échéance électorale et faire mine de se rassembler. Je ne vois pas quel responsable aura le courage de poser les questions qui fâchent, dans un esprit purement désintéressé (sans préparer pour lui ou son (sa) protégé(e) le scrutin d'après. J'espère me tromper.
Que les responsables du PS se méfient tout de même. Aucune formation politique n'est assurée de demeurer au premier plan et d'avoir une influence autre que locale. Si le PS devient la SFIO de la fin des années 60, il mourra comme son devancier. Mais en ont-ils conscience?
23:39 Publié dans Européennes, Parti socialiste | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : europe écologie, ump, modem, ps, martine aubry



