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10 mai

  • Un homme providentiel peut-il nous sauver ?

    Il est partout présent, comme s'il avait un don d'ubiquité. il s'exprime sur beaucoup de sujets souvent en lieu et place d'Edouard Philippe dont l'autorité reste faible. Il a imposé sur son énorme groupe parlementaire une discipline de fer qui fait penser à ces députés godillot sous de Gaulle. Ce "Il", tout le monde i'a reconnu, c'est Emmanuel Macron.

    Son dynamisme, sa réactivité et sa maîtrise des réseaux de communication (pensez aux dizaines de une des grands news) et sa jeunesse (dans un pays habitué à élire des sexagénaires)... c'est beaucoup d'atouts pour un homme que d'aucuns - sur lesquels le soleil a tapé un peu fort - comparent à Jupiter.

    Gardons raison et essayons de répondre à la question essentielle : Macron est-il en mesure de respecter ses engagements et faire accepter des mesures qui risquent d'être pour certaines impopulaires ? Mon hypothèse est que malgré son énergie et sa bonne volonté, le Président va rester au milieu du gué et décevoir encore et toujours.

    Trois faiblesses peuvent être relevées. D'une part, le président s'appuie sur un mouvement totalement novice où l'on retrouve le meilleur comme le pire. Il dispose d'une armée de fantassins prêts à montrer au front, mais pas de généraux capables de définir une stratégie. Plus que sous Hollande encore, tout va se décider à l'Elysée qui, comme habitude, va se couper progressivement du pays.

    L'autre raison est liée à son programme qui, par certains côtés, ne tient pas la route dans le cadre budgétaire européen défendu par Macron. Déjà on parle de différer telle ou telle mesure fiscale ou de remettre à plus tard certaines réformes. Cela ne veut pas dire qu'elles ne se feront pas, mais dans la difficulté, avec le risque de semaines de paralysie du pays. Cela va supposer pour Emmanuel Macron un mélange d'écoute et de capacité de décision dans trop cliver. 

    Après cette floppée de rencontres diplomatiques, Emmanuel Macron va devoir mettre les mains dans le cambouis. Et sérieusement. La loi dite travail, même négociée (jeu de dupes ou réalité ?) risque de diviser sérieusement le pays avec ce projet très pro-Medef. Est-ce le meilleur moyen de rassembler le pays ?

    La troisième faiblesse est liée au fait qu'Emmanuel Macron mise tout sur son aura, sur ce lien curieux qu'il a constitué avec les Français. Il sait que le bateau va tanguer mais il pense que ses mots, ses gestes, son autorité. vont permettre de maintenir ce lien de confiance. C'est risqué sur ceux niveaux.   

    D'une part, le modèle gaullien dont Macron s'inspire ne parle plus à grand monde presque 50 ans après sa mort. Cette solennité qui était recherchée après les errements de Hollande, ne peut être de mise à chaque intervention. Incontestablement, Macron veut parler au-dessus (des partis, des syndicats) dans une relation directe au peuple. Le risque qu'il prend, outre une impopularité rapide, c'est de pas entraîner les Français sur sa politique. 

    il va devoir choisir entre deux attitudes : soit camper le Gaulle des années 2020 avec un discours sur l'homme providentiel, soit mobiliser le pays autour de grands objectifs (inégalités, rural profond, développement des quartiers populaires, démembrement de réacteurs nucléaires, etc.). Les habitants ne peuvent s'emparer des enjeux que s'ils sentent une envie claire du pouvoir central d'y aller et des marges de manœuvre pour expérimenter et imaginer des solutions, notamment sur l'emploi. Le débat sur la loi qui se prépare risque de ne rien dire des solutions nouvelles pour créer partager le travail. encore une occasion (qui risque d'etre) raté    

  • Vers une République des experts ?

    La victoire d'Emmanuel Macron est très claire. Il faudrait être mauvais joueur ou rancunier pour ne pas la reconnaître. Même si Marine Le Pen fait un score historique pour une formation d'extrême droite (ce qui doit inquiéter tous les démocrates), elle est loin de franchir la barre espérée des 40 %.

    Les deux partis de gouvernement - PS et LR - sont profondément affaiblis par cette élection et ne devraient pas en sortir indemnes. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il est peu probable que ses candidats aux législatives obtiennent les mêmes scores que lui à cette présidentielle. A force de trop personnaliser un scrutin, on ne construit pas un mouvement très solide. Les flottements sur le report pour le second tour vers Macron devraient laisser des traces au sein de l'électorat très composite des Insoumis.

    Quelle va être l'attitude du nouveau président ? Quel gouvernement va-t-il constituer (1) ? D'abord se pose la question du choix du Premier ministre. Il va falloir ne pas décevoir, en ne choisissant pas une personnalité trop marquée ni à droite ni à gauche, mais capable d'entraîner le mouvement En Marche ! vers les législatives. Il est, par exemple, exclu de prendre un ministre actuel, comme Jean-Yves Le Drian, pour éviter toute confusion avec François Hollande. Une personnalité comme Jean-Paul Delevoye, l'ancien président du Cese (et de l'association des maires de France), pourrait faire l'affaire. On verra...

    Emmanuel Macron va être attendu sur le choix des ministres et surtout des périmètres ministériels. La rénovation urbaine va-t-elle avoir droit de cité ? La revitalisation rurale et l'aménagement du territoire vont-ils retrouver une vraie place ? Le poids de Bercy sera-t-il encore renforcé ? Quid de la révolution numérique, de la santé, etc. ? Il est probable que le nouveau président s'entoure de spécialistes des questions, pour incarner cette image de sérieux et de novation qu'il a valorisée pendant toute sa campagne.

    Des experts dans un gouvernement : serait-ce la solution pour contrer la crise de légitimité que vivent les ministres ? Sur le papier, la formule paraît intéressante car cela donne des gages de sérieux et de compétence dont manquent souvent les ministres qui changent de portefeuille comme d'autres changent de chemise. Pour autant, Est-ce la solution-miracle ? Pas sûr. Deux difficultés se présentent. Expert ne rime pas toujours avec sens de la discussion et du compromis. Les experts sauront-ils discuter avec les syndicats, les associations et évidemment avec les parlementaires ? N'auront-ils pas tendance à considérer que leurs diplômes et compétences valent bien le mandat électoral.

    L'autre risque est d'ordre symbolique. La montée du FN et la crise de confiance du pays tiennent en grande partie à l'écart qui s'est constitué entre les élites et le peuple. La mise au premier plan d'experts pourrait aggraver la crise de confiance. reste à ces experts - s'ils sont désignés - à faire mentir ces pronostics.       

     

    (1) Rappelons tout de même que, selon la Constitution, c'est le Premier ministre qui constitue le gouvernement. Mais c'est généralement une fiction.

  • La menace du chaos

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  • Macron : tempête dans le désert (politique)

    Il faut bien reconnaître que nous sommes tous, plus ou moins, fascinés par cette présidentielle ? Qui eût pensé voici six mois que les Républicains seraient représentés par le terne François Fillon et que la gauche modérée se choisirait un ancien ministre de second rang, frondeur sur le tard, Benoît Hamon ? Qui pouvait penser que le gendre idéal de l'ouest catholique traditionnel se révélerait être un Picsou moderne ? Quel éditorialiste a écrit voici un an que la droite républicaine allait perdre cette élection et pourrait même se faire doubler par le candidat de la gauche antilibérale, Jean-Luc Mélenchon ?

    La plus incroyable surprise pourrait prendre le visage de cet éternel poupin que semble être Emmanuel Macron. Non seulement il est bien placé pour devenir le 8e président de la République, mais il pourrait devancer Marine Le Pen au premier tour, ce que personne, là encore, n'avait imaginé. Que se passe-t-il dans notre pays pour qu'aucun pronostic ne tienne la route et pour que tous les favoris soient éliminés à tour de rôle ?

    Il n'est pas très original de parler de dépression collective, de manque d'avenir, de repli sur les communautés de proximité. C'est sans doute partiellement vrai, mais comment expliquer qu'à trois semaines du premier tour, le candidat le plus populaire s'appelle Emmanuel Macron ? Si la désespérance était totale, la candidate en tête serait restée l'égérie de l'extrême droite. Si le cynisme l'avait emporté sur toute générosité, la découverte de la duplicité de François Fillon n'aurait pas été vécue comme une trahison suprême.

    Mais qu'incarne exactement le candidat En marche ? Voici quelques jours, Le Monde, sous la plume inspirée de Florence Aubenas a publié une enquête au long cours sur ces électeurs qui sont prêts à épouser le vote Macron et qui, pour certains, s'engagent à ses côtés. On y découvre une polyphonie absolument incroyable. Certains font des constats politiques qui se veulent rationnels, d'autres développent des enthousiasmes totalement incroyables pour ce candidat. Par moment, on s'approche de la figure christique.

    Tout cela peut faire sourire, mais cela ne permet d'expliquer ce qui se passe, ou du moins de tenter. Mon hypothèse est la suivante : depuis la mort de Mitterrand, notre pays souffre d'un déficit d'incarnation. Les trois président qui se sont succédé depuis n'ont pas semblé à la hauteur: Jacques Chirac était "sympa", mais mouillé dans des affaires ; Nicolas Sarkozy apparaissait comme un faux dur, empêtré dans son émotivité débordante. Quant à François Hollande, il a donné le sentiment d'un président relativement honnête, mais pusillanime, totalement hésitant dans ses choix.

    Emmanuel Macron semble arriver d'une autre planète, celle du mouvement, du refus des règles de la politique traditionnelle. Il vit avec une femme beaucoup plus âgée que lui, ce qui donne l'impression d'un responsable peu conventionnel. Son discours emprunte aux thématiques de la gauche (sur les réformes sociétales) et à la vulgate libérale-sociale (sur les réformes économiques) qui est celle d'un éventail très large, de Valls à Juppé.

    Tout cela donne l'impression d'un (improbable) syncrétisme qui plait à une France totalement déboussolée. Avec l'énergie du désespoir, elle veut croire qu'un homme libre et énergique peut redresser la France. Cela prépare sans doute des grandes désillusions, mais, il faut bien reconnaître que le succès de Macron prend place dans le désert politique actuel.