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10 mai - Page 4

  • Le jeu vraiment dangereux de Manuel Valls

    Cette semaine, une vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Lors d'un meeting de soutien à la politique gouvernementale, un vieux militant du PS s'approche du ministre Stéphane Le Foll (un très proche de François Hollande) et lui tend un panneau : "Valls, démission". Il est immédiatement plaqué au sol par deux membres de la sécurité du PS, sans réaction apparente du ministre.

    Aussi extrême soit-elle, cette image résume la situation de plus en plus inconfortable dans laquelle se trouve la majorité politique (qui l'est de moins en moins). Non seulement elle se retrouve confrontée à un Front national qui, malgré ses contradictions et sa stérilité politique, continue son ancrage dans le pays. Non seulement elle est fortement contestée par les Républicains qui déploie une série de propositions passablement démagogiques, trempés dans le libéralisme pur sucre. Sur l'autre front - la gauche de la gauche -, le pouvoir est vivement contesté dans la rue : malgré les tentatives - pour le moins maladroites - de museler le mouvement, les manifestations n'ont jamais cessé depuis trois mois. Malgré la baisse de leur audience, elles traduisent un sentiment de ras-le-bol du "peuple de gauche" qui va au-delà de la loi Travail. 

    Dans ce contexte, on pourrait penser que le chef de la majorité qu'est le Premier ministre cherche à rassembler la majorité, à trouver des compromis internes et à être dans une démarche d'écoute. C'est tout le contraire qui se passe. A la manière d'un Sarkozy, Manuel Valls cristallise les tensions, met de l'huile sur le feu. Les exemples abondent, par exemple dans la gestion de la loi Travail. En mars, Matignon présente une première version du projet de loi dont tout le monde a le sentiment qu'elle a été rédigée avenue Bosquet (siège du Medef).

    En avril, avant l'examen à l'Assemblée de la loi, son cabinet fait rajouter dans une interview de la ministre du travail un passage sur la possibilité d'un recours au 49-3 (ce qui s'est effectivement passer). En mai, Matignon mobilise tous les moyens de pression et imaginable (chantage sur les investitures ou les dossiers locaux défendus par les députés) pour que la motion de censure de gauche ne puisse être déposée.

    En juin, au moment où les organisations syndicales se débattent avec le problème de l'extrême violence de plusieurs centaines de jeunes, il accuse ni plus ni moins la CGT de complicité avec les casseurs. Ensuite, il tente de faire interdire une manifestation syndicale (un événement insolite), et ce malgré l'avis défavorable du ministère de l'intérieur. Sur le fameux article 2 de la loi, il refuse tout aménagement qui permettrait aux branches d'encadrer les fameux accords d'entreprise, notamment sur les heures supplémentaires. Il parie sur l'usure des contestataires, les vacances qui approchent et cherche la victoire par épuisement de l'adversaire. 

    Ce ne sont pas les seuls terrains où le Premier ministre fait montre de brutalité. En début d'année, il se heurte violemment au président de l'observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, qu'il accuse de complicité (rien que cela !) avec les courants fondamentalistes de l'islam. Se transformant en petit "père Combes" du début du 20e siècle, il propose une vision de combat de la laïcité qui contribue à diviser un peu plus le pays et que beaucoup de musulmans sentent, à tort ou à raison, dirigée contre eux. Lors d'un voyage en Israël, il ne fait pas montre d'une grande fermeté vis-à-vis du gouvernement hébreu, pourtant le plus à droite de toute son histoire, et qui continue sa politique de colonisation de la Cisjordanie. 

    A quel jeu joue Manuel Valls ? D'une certaine manière, il est cohérent avec le programme qu'il avait déroulé lors des primaires de la gauche en 2011. Il avait déjà indiqué que la matrice de la gauche n'était plus adaptée au nouveau siècle et qu'il fallait casser des tabous (comme les 35 heures). Le problème, c'est que son projet n'avait alors obtenu l'assentiment que d'un électeur des primaires sur vingt... Depuis qu'il a accédé à Matignon (avec la complicité de Hamon et Montebourg...), il profite allègrement des atermoiements du président Hollande qui, lui, n'a aucune vision claire, pour pratiquer le coup de force permanent. "C'est ça ou je pars" !, dit-il à l'Elysée qui ne voit aucun Premier ministre de rechange. 

    L'élection de 2017 est perdue pour la gauche, estime Valls, qui pense qu'il n'aura pas à y aller dans la mesure où Hollande se représentera. Perdu pour perdu, il veut que ce scrutin soit l'occasion de sceller la séparation définitive des deux gauches : celle qui gouverne dans une logique sociale-libérale et celle qui proteste. Il pense que le PS ne survivra pas aux scrutins de 2017. Le parti unifié par François Mitterrand en 1971 explosera, une partie voulant constituer une formation de gauche réformiste ; une autre assumant le quinquennat Hollande et sa politique économique de l'offre. La gauche risque d'être dès lors d'être fracturée entre trois composantes : une frange radicale autour de Jean-Luc Mélenchon qui campe une forme de pureté ; une gauche de réformes ambitieuses qui n'a pas peur de l'affrontement avec le patronat ; une gauche blairiste qui veut accompagner, le moins brutalement possible, l'entrée de notre pays dans l'économie mondialisée.

    La gauche n'aura dès lors aucune chance de reconquérir le pouvoir, chaque bloc représentant entre 10 et 20 % de l'électorat. Manuel Valls fait sans doute le pari de se rapprocher d'une partie de la droite et du centre qui refuserait une politique libérale effrénée ou des alliances avec le FN. Il espère ainsi créer cette fameuse troisième force dont les chances de succès sont très faibles dans le cadre de la Ve République. Le débouché politique de cette stratégie de destruction de la majorité politique conduite par Manuel Valls est donc très incertain. alors que les dégâts sont déjà considérables. On peut dès lors comprendre pourquoi des socialistes convaincus demandent le départ du Premier ministre.

     

  • Les politiques changeront-ils en 2016 ?

    A écouter hier soir le propos assez terne et convenu du Président de la République lors de la cérémonie de vœux, je m'interrogeais sur la capacité des politiques à comprendre la société et les ruptures parfois brutales qui l'affectent.

    Que s'est-il passé de fondamental pendant cette si singulière année 2015 ? Trois événements ont été particulièrement marquants : les terribles attentats de janvier et novembre ; la victoire du Front national aux élections régionales ; la conclusion d'un accord sur le climat lors de la COP 21. Sur le premier fait, la question ne peut être principalement sécuritaire, comme le pouvoir a voulu le faire croire. Des mesures toujours plus drastiques ne seront jamais en mesure de juguler la volonté de kamikazes de tout faire sauter, y compris eux-mêmes.

    L'originalité des attentats de 2015 est qu'ils ont été commis par des enfants de la République. Qu'ils soient binationaux ou pas ne change rien à l'affaire : ils ont été éduqués, scolarisés, socialisés dans l'espace français, républicain. La question qui nous est posée est : comment éviter que des jeunes Français retournent leur énergie, leur enthousiasme contre leur pays ? C'est un tas de chantiers sur la citoyenneté, les ghettos (de pauvres et de riches), la culture de masse (et l'inculture), l'éducation (à l'école mais pas seulement) qu'il fallait l'ouvrir.

    A part quelques mesures sur l'enseignement des valeurs républicaines et des enveloppes budgétaires pour la politique de la Ville, il ne s'est rien passé de significatif. La mesure épouvantail sur l'inscription dans la Constitution de la possibilité de déchoir de leur nationalité française les terroristes ne va qu'accroitre le sentiment d'un "2 poids-2 mesures" bien ancré dans de nombreux territoires de relégation. Il est probable que d'autres actions terroristes auront lieu sur notre territoire et que les politiques n'auront toujours pas compris qu'il faut tout remettre à plat. Mais comment le pourraient-ils, eux qui ne connaissent de la société française que les cercles du pouvoir qu'ils fréquentent depuis 20 à 30 ans ?

    Autre fait marquant de 2015 : l'ascension du Front national, premier parti français. Les causes sont bien connues (dégradation de la situation économique, accentuation des inégalités, épuisement de la classe politique, ségrégations territoriales, incertitudes internationales, etc.), mais aucune perspective n'a été dessinée pour endiguer cette montée continue du parti d'extrême droite. Le fait que finalement aucune région n'a été décrochée par le parti de Marine a provoqué un lâche soulagement, empêchant l'indispensable électrochoc. La préoccupation du parti Les Républicains est de savoir quand auront lieu les primaires pour la présidentielle. Et l'exécutif est obsédé par le souci de diviser et d'affaiblir la droite afin qu'elle arrive en troisième position de la présidentielle (la proposition sur la binationalité relève aussi de cette démarche).

    Comment faire pour retrouver la confiance de citoyens qui se sentent exclus de la communauté nationale et trouvent dès lors des boucs-émissaires ? Comment lutter contre la peur de l'étranger qui monte dangereusement dans notre pays ? Comment redonner de l'espoir aux zones rurales ou péri-urbaines qui se sentent abandonnées voire méprisées ? A cet égard, la réforme territoriale qui fait le pari d'une "rationalisation" de la gouvernance locale ne prend absolument pas compte le désir de proximité : c'est une erreur politique, comme l'a été cette refonte des régions qui n'a obéi à aucune logique historique ou sociologique.

    A droite comme à gauche, on joue avec le FN, en espérant que la goupille explosera dans le camp d'en face. Si le pire arrivait en 2017, les citoyens engagés, les républicains sincères auront des comptes à demander à cette classe politique incapable de prendre ses responsabilités.

    Troisième fait marquant : la signature d'un accord sur le climat en décembre à Paris. Incontestablement, cela représente une victoire pour la diplomatie française, en particulier son chef Laurent Fabius. Reste maintenant à faire vivre cet engagement international. En France, on aurait pu attendre que le pouvoir déroule une vrai programme d'actions balisant la route de la transition écologique. Il ne s'est rien passé de cela ; une fois que la séquence climat (c'est ainsi que raisonnent nos communicants) était terminée, on est passée à une autre (celle de la binationalité). Le pouvoir qui avait l'occasion de surfer sur cette réussite a encore raté le coche. Pour quelle raison ?

    Mon hypothèse est que les technos qui nous gouvernent n'ont aucune notion de la façon de s'y prendre. Ou alors ils savent qu'il faudrait revoir tout un modèle et cet énorme chantier se heurterait à des lobbies puissants prêts à en découdre. Comme d'habitude, les politiques préfèrent reculer, différer plutôt que de mener des batailles.

    En fait, les responsables politiques sont devenus (et le quinquennat n'a fait qu'accentuer cela) des comptables, j'allais écrire des notaires qui enregistrent les situations, mais n'agissent plus sur celles-ci. La montée de l'abstention à chaque élection s'explique, en partie, par le sentiment de plus en plus répandu selon lequel les politiques sont au mieux des figurants honnêtes d'un jeu dont ils ne maîtrisent pas les règles, au pire des calculateurs mus par leur seul intérêt. Ont-ils simplement conscience de la gravité de la crise de confiance ? Puisse 2016 éveiller les plus intelligents d'entre eux à la nécessité de changer...    

  • Après le recueillement, se poser des questions

    On ne rajoutera pas beaucoup de phrases sur la terrible nuit du 13 novembre où près de 130 personnes perdirent la vie arrachée par des nihilistes qui se prétendent musulmans. Tout a été dit et le recueillement est souvent préférable à l'inflation de mots et d'émotions affichées.


    Quarante-huit heures après ces carnages, il est important de se poser quelques questions sur les raisons de cette faillite de l'antiterrorisme français. Là, nous n'avons pas affaire à l'action de "loups solitaires", mais à une coordination très sophistiquée entre sept et huit personnes. A aucun moment, semble-t-il, l'un de ces terroristes n'a été appréhendé alors que les opérations de préparation de ces actions ont dû se dérouler sur plusieurs jours, voire semaines, et que des complicités locales sont probables. Comment se fait-il que les services du renseignement, dont le Parlement a accru récemment les pouvoirs, n'ait intercepté aucune communication (même cryptée), n'ait décelé aucun mouvement suspect ? L'argument selon lequel des dizaines d'attentats ont été déjoués par les services français n'est pas convaincant.

    Par-delà la sempiternelle question des moyens (qui ne peut être perpétuellement invoquée alors même que la DCRI a vu ses moyens augmenter de 12 millions d'euros), il faut s'interroger sur l'organisation de la collecte et du traitement du renseignement dans ce pays. Le modèle est-il adapté à la menace d'aujourd'hui ? Il ne semble pas. Dans un article bien informé du site Médiapart ("L'antiterrorisme est à la peine depuis 2008"), un spécialiste interrogé en 2012 par une mission d'information parlementaire disait : « La DCRI a été conçue comme une forteresse pour lutter contre le "grand" terrorisme organisé transnational ». Elle n'est donc adaptée à des menaces « infra-étatiques, non conventionnelles, dynamiques, diffuses et non prévisibles ». 

    On attendrait des responsables gouvernementaux, à défaut d'une démission (ce qui se pratique dans la plupart des démocraties), de regarder les réalités en face. Quatre lois ont été votées en quatre ans, amplifiant les pouvoirs des services de renseignement. Or, ni les tueries de janvier ni celles du 13 novembre n'ont été évitées. Alors faut-il faire une 5e loi et accroitre encore les possibilités d'investigation des forces de sécurité, ce qui interrogent nos libertés démocratiques ? Cela va être le discours du président des Républicains et de nombreux responsables politiques qui ont, depuis longtemps, renoncé à réfléchir sérieusement.

    "Nous devons anéantir les ennemis de la République". La déclaration martiale de Manuel Valls, au lendemain des tueries, fait partie de l'arsenal classique du discours politique face au terrorisme. On se souvient, dans les années 80, de la déclaration de feu Charles Pasqua : "Nous allons terroriser les terroristes". Le premier ministre s'inscrit dans cette lignée des responsables (souvent de droite) qui font "péter les galons".

    L'assertion la plus démagogique du "Sarkozy de gauche" est celle de l'expulsion des "imams radicalisés". Démagogique parce que cette possibilité existe déjà - et qu'elle est pratiquée - et parce que le lien entre le terrorisme et l'influence de ces imams très minoritaires n'est pas avérée. Il ne s'agit pas de dire que certains imams ne sont pas dangereux et qu'ils ne doivent pas être mis hors d'état. Mais toutes les études sérieuses ont montré que les terroristes sont des êtres désocialisés qui ont coupé les ponts avec toutes les institutions, y compris religieuses. 

    Mettre en avant les imams radicalisés devant les Français sur la chaîne la plus fréquentée est une façon, peut-être involontaire, de désigner la religion musulmane comme responsable du terrorisme. Après, on attendra le même Premier ministre appeler à lutter contre l'islamophobie... 

    Il est plus facile de désigner des bouc-émissaires (une théorie qu'avait développé le regretté René Girard) que de regarder les propres failles de l'appareil d'Etat et de vouloir les réformer. Avec de tels "responsables" politiques, nous ne sommes pas prêts de trouver des solutions à nos maux collectifs.

  • Quand Hollande et Sarkozy veulent rejouer le match...

    Forcément, on y pense tous. On se dit qu'on ne va pas y couper. Au mieux, on aura un remake de 2012 avec un duel Sarko-Hollande. Au pire, la Marine va trouver sa place au second tour et affronter l'un des deux protagonistes qui risque de l'emporter dans un réflexe de sauve qui peut. Dans tous les cas, la démocratie va prendre un sacré coup, tellement cette bande des trois ne présente aucune ressource permettant de résoudre les maux de notre société.

    François Hollande, on l'a écrit ici très souvent, est depuis plus de trois ans paralysé par ses hésitations, son absence de vision et, osons le mot, sa paresse intellectuelle. Même s'il a su, en certaines occasions, se hisser au niveau d'un chef d'Etat, il est resté l'homme que l'on connaissait à la tête du parti socialiste : d'une intelligence tactique remarquable et d'une indigence intellectuelle, également remarquable. Actuellement, pour neutraliser Manuel Valls, il sort sa carte Macron qui, par ses provocations et son absence de sens de la responsabilité, montre que le premier ministre n'a pas l'autorité sur tous les membres de son gouvernement. Le seul qui a de l'autorité, c'est donc Hollande. CQFD.

    Le président de la République sera donc, malgré un bilan très faible, candidat à un second mandat. Peu importe pour lui qu'une majorité d'électeurs de gauche ait la gueule de bois, il espère gagner une fois encore par la seule tactique. Pousser Sarkozy pour marginaliser Juppé. Donner un coup de pouce au FN (par exemple en ressortant l'idée du droit de vote aux étrangers - alors qu'il fallait la mettre en œuvre dès le début de quinquennat) pour affaiblir la droite. Faire les yeux doux aux écologistes qui ont quitté EELV (lire mon précédent post) pour empêcher une candidature Duflot. Parsemer cela de quelques mesures sociales qui seront financées... après 2017. Soyons sûrs que ceux qui "dirigent" le pays (les conseillers de l'Elysée) travaillent dans toutes ces directions. Le pire (ou le mieux), c'est que ça peut marcher.

    Second larron : Nicolas Sarkozy. Comme son rival Hollande, il est constant. Pour lui, seul le pouvoir compte. Il y a une forme de jouissance à être plus grand que les autres, à non pas diriger un pays mais à être le chef (ce n'est pas tout à fait pareil). Comme l'Ex est bien informé, il sait qu'à la loyale, Alain Juppé voire François Fillon sont mieux placés que lui : absence de casserole, intégrité reconnue de l'un et de l'autres, expérience du pouvoir...

    L'Ex n'est pas du genre à se laisser abattre. Il va profiter de sa position de chef de parti pour, grâce à un mélange de séduction et de menace, récupérer de nombreux dirigeants des Républicains. Il a déjà commencé avec François Baroin, à la tête de l'influente Association des maires de France (AMF). Il a poursuivi en prenant le contrôle, via l'un de ses affidés Pierre Monzani, de l'Assemblée des départements de France (ADF) et pourrait être tenté de faire la même chose avec l'Association des régions de France (ARF), une fois que le basculement vers la droite aura eu lieu. Puisque Sarkozy ne peut séduire les Français qui n'ont pas oublié sa présidence calamiteuse, il va tenter de prendre le pouvoir en ralliant les "seigneurs" que sont les maires de grandes villes, les présidents de départements et régions.  

    On aurait pu espérer que Nicolas Sarkozy aurait mis à profit sa défaite pour réfléchir à ses causes, prendre du champ, et s'il voulait revenir au pouvoir (ce qui est une mauvaise idée pour un Président battu), proposer une nouvelle vision. Là, on prend les bonnes vieilles méthodes testées dans les Hauts-de-Seine (verrouillage, pressions sur les élus, promesses inconsidérées...) pour tenter un coup de force : revenir au pouvoir malgré les Français. Le pari de Sarkozy est le même que celui de Hollande : gagner le second tour face à Marine Le Pen par rejet viscéral de celle-ci.

    Les deux finalistes de la présidentielle de 2012 ont tout intérêt à faire grimper la candidate de l'extrême droite new look. Et chacun est assez brillant en la matière. François Hollande tourne le dos à ses engagements en menant une politique économique qui repose sur deux piliers :  améliorer l'offre des entreprises par des avantages (j'allais écrire "cadeaux") sans aucune contrepartie ; espérer une reprise mondiale qui profiterait à notre économie. Quand j'écrivais plus haut "paresse intellectuelle", je pensais à ce refus de voir que la pensée économique dominante (la doxa libérale à la Gattaz) n'est plus en phase avec les réalités. La présidence Hollande aura été marquée par une croissance forte du chômage (malgré le petit mieux, tout relatif, le mois dernier) et une désespérance accrue des quartiers populaires (voir la façon dont le Président a été accueilli à la Courneuve). Du pain béni pour la Madone de la démagogie !

    Quant à Sarkozy, il joue un jeu dangereux avec la thématique de "l'identité française". Notre fils de Hongrois reprend mot pour mot la phraséologie de l'extrême droite new look, celle qui s'est débarrassée, au moins en surface, de l'antisémitisme et de l'inégalité des races. Il espère capter une partie de l'électorat lepéniste en jouant sur le sentiment d'exaspération. Sauf que l'électorat visé est aussi "exaspéré" par l'impunité dont jouit une bonne partie de la classe politique, à commencer par Sarkozy. Lui aussi fait monter Marine Le Pen, tout en assurant qu'il est un vrai républicain. Voilà pourquoi il a viré la pauvre Morano qui, en fidèle élève de Sarko, a dépassé son maître en tenant un propos ouvertement raciste. 

    Tout cela nous prépare un triste printemps 2017. Mais, tout occupés qu'ils sont à servir leur intérêt personnel avant celui du pays, les professionnels de la politique, les accros au pouvoir n'en ont que faire...