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jean-françois copé

  • UMP : quand "le gentil" s'accommode du "grand méchant loup"

    Lors du duel en fin d'année dernière entre François Fillon et Jean-François Copé pour le contrôle de l'appareil UMP, les rôles semblaient clairs. L'ancien Premier ministre était dans un positionnement plus centriste, ferme dans les valeurs de refus de toute complaisance avec le Front national et ses "valeurs". C'était le "gentil"... Le secrétaire général sortant, le "méchant", apparaissait plus flottant dans ses relations avec le FN : pas d'alliance certes, mais des proximités idéologiques que réfutait fermement Fillon. Jugé plus opportuniste, Copé semblait mettre sur le même plan le centre-gauche incarné par le PS et l'extrême droite de la fille Le Pen, avec sa fameuse théorie du "ni, ni".

    Surprise, voilà que début septembre, le "gentil" faisait cette hallucinante déclaration, rejoignant en cela le "méchant" : en cas de second tour entre un FN et un PS, je voterais, disait-il, pour "le moins sectaire". En n'indiquant pas où était le camp du sectarisme, et comme il tape à bras raccourcis sur la majorité socialiste, critiquant souvent son idéologie sectaire, l'ancien PremierEntrer des mots clefs ministre semblait laisser la possibilité pour un électeur de droite modérée de voter pour un FN. Cette nouvelle brèche ouverte dans le cordon sanitaire, de plus en plus inefficace, contre le parti aux idées extrémistes n'est pas dû au hasard ou à une maladresse de l'ancien Premier ministre. Elle résulte d'un pari électoral qui découle d'un diagnostic sur l'état de la société française.

    Sur un plan électoral, il apparaît à une bonne partie (majoritaire?) de la droite qu'elle ne pourra pas revenir aux affaires sans trouver un compromis avec le FN jugé fréquentable depuis le passage de témoin entre le père et la fille. Comme les références antisémites y sont bannis, du moins en haut lieu, comme trois ou quatre nouveaux leaders qui ne n'ont pas fait leurs classes dans les groupes de jeunesse nationaliste ou nazillons sont mis en avant, il apparaît aux plus naïfs (ou aux plus cyniques) que ce parti a réintégré le bercail républicain. Ils pensent que l'exercice des responsabilités leur fera abandonner leur fonds de commerce anti-européen et anti-étranger. Les plus instruits font référence au scénario italien où l'ancien parti fasciste est devenu un parti (l'Alliance nationale) membre d'une coalition gouvernementale. Ils oublient de rappeler que le partis 'était transformé, avait changé de nom et renouvelé profondément son équipe de direction, ce qui est loin d'être le cas d'un parti qui s'appelle toujours le Front national   

    Il faut dire que le quinquennat de Nicolas Sarkozy a profondément bouleversé les repères. Quand un Président de la République prononce un discours paternalo-raciste devant les Africains (à Dakar en 2007), quand le même s'en prend nommément à un groupe de Français, les gens du voyage (à Grenoble en 2011), quand il conduit la campagne de sa réélection en 2012 (sous l'influence d'un conseiller venu de l'extrême droite), non pas pour rassembler les Français, mais pour cliver parfois avec des relents xénophobes, faut-il s'étonner que celui qui fut son Premier ministre pendant 5 ans considère que tout compte fait, le sectarisme n'est pas le monopole du FN...

    S'il faudrait trouver un compromis avec le "grand méchant loup", c'est que la société française adhérerait à une bonne partie du logiciel frontiste, estiment de nombreuses voix à l'UMP. Il est indiscutable que sur les questions de sécurité, de refus de l'assistance et de volonté d'en finir avec "l'immigration sauvage" (musulmane, sous entendu), les idées du FN trouvent un écho. Même sur l'Europe - qui constitue un vrai clivage avec l'UMP -, la volonté de sortir de l'Union fait son chemin. Le principal parti d'opposition considère qu'il doit se positionner sur ces questions (coller, sauf sur l'Europe, aux thèses du FN) pour éviter qu'une grande partie des électeurs qui adhèrent à ses idées ne se décident à voter pour le parti jusque-là honni. Le pari de certains à l'UMP, c'est que le corps électoral préférera voter pour la copie "light" plutôt que pour l'original. C'est pour le moins risqué pour la vie démocratique dans notre pari. 

    Les prochains mois vont être musclés. Les élections municipales de mars prochain seront marqués par l'installation réelle de groupes politiques FN dans de nombreuses grandes et moyennes villes. Jusque-là, la plupart des élus municipaux frontistes étaient soit des extrémistes incapables de proposer des solutions crédibles aux réalités locales, soit des "pauvres types" incapables d'aligner trois phrases. En 2014, le parti de Marine Le Pen souhaite faire émerger une génération "bleue marine", respectable, crédible qui épouse la diversité de la société française (il y aura sans doute des candidats aux patronymes non européens). De nombreux leaders de droite partant à l'assaut de mairies de gauche vont être tentés de négocier, souvent en sous mains, des accords avec les leaders frontistes. La nécessaire clarté des alliances et des programmes va largement en souffrir. Puisque, comme le laisse entendre François Fillon, le sectarisme est aussi bien au PS qu'au FN, pourquoi ne pas s'allier avec certains leaders frontistes qui paraissent si fréquentables ?  

  • Quand le sarkozysme se décompose...

    Devant le spectacle tantôt pathétique, tantôt grotesque, offert par l'UMP depuis une quinzaine de jours, certains observateurs peu inspirés ont cru y voir l'occasion pour Nicolas Jean-François Copé, françois fillonSarkozy de refaire surface et de se préparer dans l'optique de la revanche de 2017. Ce genre de conclusion (dont on peut tout de même percevoir une résonance avec une nostalgie qui a saisi le petit monde de la politique depuis le départ de l'ancien Président) me semble en décalage total avec la réalité des faits. L'affrontement fratricide dans lequel évolue le principal (?) parti d'opposition est plutôt le signe d'un état de décomposition très avancé de l'héritage sarkozyste. On a même le sentiment que la rapidité et la brutalité des événements qui ont conduit à l'éclatement (difficilement réversible) de l'UMP sont à la mesure de l'empressement qu'avait eu Nicolas Sarkozy à prendre le contrôle de la droite.

    Il faut bien faire dresser le bilan politique du sarkozysme. Et il n'est pas glorieux ! En cinq années, la droite a perdu de nombreux départements, des villes grandes et moyennes et surtout un Sénat jugé imprenable voici peu. Il a crédibilisé les thèses d'une extrême droite en faisant apparaître la fille Le Pen comme finalement présentable. Le FN qu'il avait Jean-François Copé, françois fillonsérieusement esquinté en 2007 grâce à une campagne audacieuse a repris du poil de la bête. La frontière, quasi étanche, que Jacques Chirac avait réussi à établir entre la droite républicaine et celle qu'on est obligé d'appeler extrême s'est complètement effrité.

    Cela n'effraie plus bon nombre d'électeurs UMP de reporter leurs voix, au second tour, sur un candidat frontiste. Ce qui explique pourquoi de nombreux seconds tours FN/gauche lors des législatives de juin ont donné lieu à un résultat du type 45/55 voire 52/48. Auparavant, un frontiste ne dépassait que rarement la barre des 40% lorsqu'il devait affronter un candidat de gauche au second tour. Sauf à être dans une exaltation quasi pathétique de "Nicolas", il est tout de même difficile de ne pas considérer que cette situation a quelque chose à voir avec la façon dont l'ancien Président a joué avec quelques allumettes au prix d'un piétinement assez méthodique de ce qu'il restait de l'héritage gaulliste. 

    Pourquoi en est-on arrivé à cette situation explosive à la tête de l'UMP ? Bien entendu, on peut simplement stigmatiser la guerre des chefs, le choc des egos et tutti quanti. Pour ceux qui seraient nés en politique voici peu, rappellons les épisodes assez virils entre Chaban et Chirac (1974), entre VGE et toujours Chirac (de 1976 à... aujourd'hui), entre Balladur et encore Chirac (1993-1995), sans oublier, même si c'était finalement assez exotiques, les bisbilles entre Sarkozy et Villepin. Donc, rien de neuf sous le soleil, sauf que cette fois-ci, les conséquences sont lourdes.

    Deux raisons majeures expliquent, selon moi, la gravité des conséquences de cette crise. D'une part, l'absence de culture démocratique, le refus de vivre des désaccords. On l'a oublié, mais la création de l'UMP, en 2002, a démarré sur un mensonge. Pour rassembler toute la famille éclatée allant du centre-droit ) la droite dure, promis-juré, l'UMP allait faire vivre le débat entre les sensibilités différentes (on ne parlait pas de courant pour ne surtout pas ressembler au PS). Cela n'a jamais existé à l'UMP car le chef Sarkozy n'en voulait pas. Pas question de se "faire emmerder" avec la perte de temps et d'énergie que représente le débat d'idée ; la démocratie, c'est bon pour les discours, pas pour prendre le pouvoir.

    Mais voilà que le chef perd le pouvoir... Rien n'a été prévu pour faire vivre ce moment d'hésitation, de maturation démocratique. On a à la tête du parti un mini-Sarko (le talent en moins) qui est prêt à tout pour garder le pouvoir. Il ne lâche même pas l'appareil le temps de la campagne interne, l'utilisant de façon éhontée à son seul avantage. Son rival, qui a envie d'exister par lui-même pour faire oublier sa vassalisation pendant cinq ans, ne s'intéresse même pas aux questions statutaires pourtant déterminantes dans toute phase électorale. Et il a suffi d'un scrutin très serré pour que le chateau de carte d'une organisation bricolée et caporalisée s'effondre en 48 heures. Surtout qu'une partie des adhérents à cheval sur les principes moraux n'a pas l'intention de se faire "voler" l'élection... 

    L'autre raison qui n'a peut-être pas été assez développée, tient à la libération de la violence en politique qu'a permis voire encouragé Nicolas Sarkozy. Entre les "casse-toi, pauv'con !", la banalisation de l'humiliation (de François Fillon à Patrick Devedjian en passant par Jean-Louis Borloo) et cette façon de faire en permanence la leçon à nos partenaires étrangers, l'ancien Président a trop souvent confondu authenticité et vulgarité, refus du "politiquement correct" et celui de la courtoisie toute républicaine. Il a installé dans le pays l'idée selon laquelle il fallait être malin, roublard voire menteur pour garder le pouvoir et en jouir. Passant sans arrêt d'une idée à l'autre, d'une priorité à l'autre, d'un fait divers à un autre, affichant jusqu'à l'impudeur les affres personnels de tout homme, fût-il président français, il a, avec un talent qu'on ne lui contestera pas, donné le tournis à tout le monde.

    Un certain noJean-François Copé, françois fillonmbre de repères ou de bornes, par exemple la capacité de la négociation en coulisses (qui aurait bien utile pendant les 48 heures suivant le scrutin de l'UMP) ou celui du compromis ont complètement volé en éclat. A cet égard, Jean-François Copé aura été le meilleur élève de cette école du cynisme en politique qui aboutit à ce résultat complètement fou : le jouet de Sarkozy, l'UMP, n'aura pas résisté à la chute de ce dernier !

     

  • Pourquoi tant de violences en politique ?

    Guerre ouverte entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Attaque de Bernard Accoyer contre Jean-François CoVillepin - Sarko.jpgpé. Compétition sans merci entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Opposition forte entre Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot. La politique est monopolisée, ces derniers temps, par des affrontements souvent musclés entre des hommes et des femmes qui sont, théoriquement, dans le même camp. La chose n'est pas nouvelle – pensez aux oppositions Chirac / VGE et Mitterrand / Rocard par exemple. Mais elle revêt de plus de plus une dimension obsessionnelle comme s'il fallait s'affirmer par rapport à celui qui est politiquement proche de soi. Tous les coups, toutes les allusions (notamment à la folie supposée de son rival) sont permis On est assez loin d'une éthique démocratique qui suppose un respect mutuel. On est plutôt dans l'étalage quotidien de la haine.

    Quelles conséquences cela a-t-il sur l'espace politique? Soyons clair: cela contribue encore à assombrir le blason d'une sphère fortement discréditée. Pour de nombreux concitoyens, non seulement les politiques mentent allègrement et manquent de courage, mais ils se conduisent comme des gamins insupportables, se chamaillant et incapables de se maîtriser. Dans une société où le « moi je » règne en maître et où se banalise la violence, il y a un besoin fort de préserver un espace ouvert qui obéisse à d'autres règles. Qui valorise l'intelligence et l'art de la conviction sur les ficelles faciles de la démagogie et de l'humiliation de l'autre. Mais quand un président de la République traite un citoyen de « pauv'con », quand le principal parti d'opposition se déchire lors d'uAubry - Ségo.jpgn congrès, s'accusant mutuellement de tricherie, quand un socialiste change de camp en pleine campagne présidentielle et reprend à son compte les thèmes auparavant honnis de l'identité nationale et de la chasse aux immigrés, on « trivialise » la politique; on en fait simplement un objet marchand puisque tout s'achète et que toutes les valeurs sont fonction du contexte et des opportunités.

    Cette affaire est grave car le politique n'a plus aucune légitimité à s'opposer à la montée des violences. Comment rendre crédibles les discours sur le « vivre ensemble », sur les voies pacifiques de résolution des conflits quand le « spectacle » de la politique n'obéit qu'aux lois de la trahison et du cynisme? Comment le Premier des Français peut-il donner envie d'entraîner le peuple dans son exhortation de la tolérance et de l'écoute des autres (message de voeux 2010) quand lui-même poursuit avec obsession l'idée de se venger d'un ancien Premier ministre? Comment faire évoluer la réflexion de certains jeunes embués dans la violence qui sont persuadés d'être victimes d'un complot dirigé contre eux, quand un conseiller de l'Elysée brandit cet argument à propos d'une vague et banale rumeur d'adultère? Bien des politiques qui font et défont les carrières devraient penser à l'image qu'ils donnent. Ils n'ont pas conscience, les malheureux, qu'ils sont en train de scier la fragile branche sur laquelle ils évoluent.

    Dans la sphère politique, il existait un courant qui semblait préservé des affres de la violence destructrice. Les Verts entendaient ainsi « faire de la politique autrement », respecter les personnes et ne s'opposer que sur des idées. Si tant est que cela ait un jour existé, il faut dire tranquillement que ce temps est révolu. Le mois qui a suivi la bonne perfoDuflot - Dany.jpgrmance d'Europe écologie a été marqué par des affrontements internes d'une rare violence entre les camps Duflot et Cohn-Bendit. Au centre des « débats », la question de la transformation des structures et l'éventuelle dissolution des Verts dans un ensemble plus vaste. Un ami arrivé récemment à Europe écologie me racontait l'avalanche de mots assassins qu'il a entendus et parfois endurés (« Je vais t'écrabouiller »...). Curieux scénario d'un mouvement qui se déchire alors qu'il est, à la différence de l'UMP ou du MoDem, dans une phase ascendante.

    Il n'y a pas d'explication simple à cette dégradation des moeurs en politique (même s'il faut se garder d'idéaliser le passé). Peut-être faut-il y voir la conséquence de cet affaiblissement prodigieux des références idéologiques, qui a libéré l'affirmation des ambitions personnelles. Plus de tabou, par exemple, à dire deux ans avant l'échéance, qu'on est candidat à l'Elysée! Les partis ne sont plus, pour certains de ses responsables, qu'un espace destiné à la conquête du pouvoir. La réflexion peut attendre ou alors elle est sous-traités à des thinks tank ou laboratoires internes.

    Dans ce contexte, la décision de communistes critiques (comme Patrick Braouezec) de quitter leur parti pour imaginer de nouveaux lieux politiques et la proposition de Dany Cohn-Bendit d'organiser Europe écologie sous la forme d'une coopérative (reste à en préciser les contours...) sont des initiatives intéressantes pour réfléchir à un dépassement de la forme « parti » qui s'est transformé en simple machine électorale.

  • Régionales: les cinq enseignements nationaux

    La tradition électorale est respectée: le second tour confirme, voire amplifie, la tendance du premier. Les princes de la Sarkozye, brieffés par les sorciers de l'Elysée, avaient fait mine de croire que le 21 mars pouvait défaire ce que le 14 mars avait dessiné, c'est-à-dire un désavurnes électorales.jpgeu majeur du pouvoir. Certes, il s'agissait de vingt-deux scrutins régionaux (pour ne parler que de la métropole) avec ses particularités et le poids des majorités sortantes – pratiquement toutes de gauche. Mais quand tant de ministres concourent, que le Premier ministre mouille autant sa chemise et que le Président, décidément incapable de rester en retrait, coache l'ensemble, allant jusqu'à arbitrer telle ou telle place sur une liste, il est difficile de penser que ce scrutin ne propose pas d'enseignements nationaux. En voici cinq, majeurs.


    1/ La montée de l'indifférence électorale.

    Un citoyen français sur deux est resté étranger au scrutin. La participation est légèrement supérieure pour ce second tour, mais reste dans des eaux très basses, de plus de dix points inférieure à ce qu'elle fut en 2004. A part l'Alsace où les campagnes fortement conservatrices, notamment dans le nord du Bas-Rhin, ont voté pour le candidat UMP, les électeurs de droite ont boudé le scrutin. Exemple emblématique, les Hauts-de-Seine où la gauche est en tête: l'abstention touche un électeur sur deux – alors qu'en 2004, elle n'en concernait qu'un sur trois. Le discours de déni de la réalité entonné par les leaders de droite (« on ne peut tirer aucun enseignement d'un scrutin marqué par un tel taux d'abstention ») a renforcé chez les sympathisants UMP l'idée selon laquelle la majorité, Président en tête, était incapable de les écouter.

    A côté de cette abstention très politique – qui ne représente sans doute pas plus de 5-6 points – existe et se développe une indifférence électorale très préoccupante, sur le registre: « Puisque les politiques ne s'intéressent pas à mon sort, je me détourne de leur univers et de leurs jeux politiciens. » Il ne s'agit pas forcément de populisme (mot fourre-tout), mais plutôt d'une coupure entre des mondes qui devraient s'interpénétrer. Ceux qui se détournent des scrutins le font, pour certains, de façon délibérée. Aux partis politiques d'en tenir compte!


    2/ L'ancrage du Front national

    C'est la grande surprise de ce scrutin qu'aucun institut de sondage n'avait vu veniLe Pen JM et Marine.jpgr – comme en 2002 lors de la présidentielle: la remontée du parti de la famille Le Pen. Non seulement le FN a réussi à dépasser la barre des 10% dans une douzaine de régions, mais il progresse sensiblement d'un tour sur l'autre. C'est un fait nouveau (et inquiétant): jusque-là, les électeurs du FN donnaient un coup de semonce au premier tour et, pour certains, retrouvaient leur famille politique d'origine au second tour (la droite parlementaire pour une majorité, la gauche pour les autres). Cette fois-ci, non seulement les électeurs du premier tour sont restés fidèles à leur choix, mais le score du FN d'un dimanche à l'autre a été renforcé, dépassant les 20% dans deux régions. Dans le Nord-Pas-de-Calais, celui-ci progresse de 4 points, tout comme en Picardie et en Lorraine. En Languedoc-Roussillon, la hausse atteint les 7 points. Les régions où le FN avait provoqué une triangulaire sont aussi celles où la participation a le plus progressé: + 7 points en PACA, + 5 points en Picardie et en Lorraine, + 4 dans le Nord-Pas-de-Calais. Difficile de faire la part des divers facteurs explicatifs de ce rebond du FN – l'aggravation des difficultés économiques, la déception vis-à-vis de Sarkozy, la montée de l'islamophobie, le débat sur l'identité nationale, la personnalité de Marine Le Pen – mais une certitude: le Président de la République qui n'enorgueillait d'avoir terrassé l'hydre frontiste en 2007 a, une nouvelle fois, échoué, malgré ses appels du pied insistants en direction de cet électorat.


    3/ Les couleurs retrouvées du PS

    Même si Martine Aubry n'a pas réussi son pari du grand chelem, même si Georges Frêche la nargue avec son score de 55% - et ce dans le cadre d'une triangulaire -, le parti socialisAubry.jpgte gravement fragilisé depuis l'échec de 2007 retrouve une vraie légitimité. Attention, il ne s'agit pas d'une adhésion à son programme national et à ses leaders, mais d'une confiance dans ses élus locaux, notamment régionaux, qui ont su développer quelques politiques intéressantes en matière de transports notamment. Les présidents de région, parfois peu connus, ne sont pas associés dans l'esprit de la population aux batailles de chef qui secouent la rue de Solférino (même s'ils y participent parfois). Ils bossent plutôt bien, donc on les récompense d'un second voire d'un troisième mandat.

    Comment passer d'un carton presque plein localement (21 régions métropolitaines, les 2/3 des départements, les ¾ des grandes villes) à une crédibilité nationale? Cette équation suppose au minimum d'articuler trois axes:

    • réussir les politiques régionales, notamment en mettant en oeuvre ce fameux bouclier social promis aux Français. Avec la crise économique et de la volonté de l'Etat de reprendre une partie de l'autonomie des régions (suppression de la taxe professionnelle, réforme des collectivités locales), la partie ne va pas être simple pour les exécutifs régionaux.

    • définir un projet national. Sur un tas de questions (retraite, fiscalité, énergie nucléaire, politique industrielle), difficile de savoir que ferait le PS arrivé au pouvoir. Il faut vraiment que ce parti, tellement à l'aise dans les campagnes électorales, se mette à travailler intellectuellement et à faire des arbitrages. L'exercice si longtemps différé par François Hollande sera-t-il enfin mené à terme par Martine Aubry? Sa crédibilité pour la présidentielle en dépend.

    • clarifier son mode de désignation. On le sait, les adhérents ont largement approuvé, à l'automne dernier, le recours aux primaires larges de la gauche. Mais on ignore toujours les modalités de cette formule, son ouverture à d'autres formations et bien sûr la date. Les organiser trop tôt (printemps 2011) risque de précipiter le travail programmatique nécessaire; les prévoir à l'automne 2011, comme la dernière fois, aurait l'inconvénient de laisser un temps réduit au candidat pour s'installer dans l'opinion. Le PS doit, par ailleurs, méditer la leçon des régionales à droite: il faut respecter la diversité des sensibilités des électeurs; un candidat unique peut être un handicap pour le second tour.


    4/ Les promesses d'Europe écologie

    En termes de sièges régionaux, la constellation écologiste est la grande vainqueur de ce scrutin: Europe écologie (EE) devrait doubler le nombre des conseillers Verts et surtout celui de ses vice-présidences. L'écologie ne peut plus être la roue de secours d'une gauche mal inspirée. Elle doit l'aider à faire sa mue en reconsidérant ses postulats scientisDany.jpgtes et productivistes qui marquent encore sa pensée. Après deux scrutins réussis, les difficultés commencent pour EE. Elle va devoir s'organiser dans un nouveau cadre. Dany Cohn-Bendit propose plus ou moins la dissolution des Verts et l'organisation d'une sorte de fédération plus souple et ouverte qu'un parti. L'appareil des Verts ne semble pas emballée par cette perspective. Débats en perspective.

    D'autre part, 2012 pourrait être un piège pour EE. Faut-il ou non se présenter à cette élection ultra-personnalisée qui ne correspond pas à la culture écolo? Faut-il négocier avec le PS pour avoir des places éligibles? Mais alors comment conserver une forme d'autonomie qui a fait le succès d'EE? Le scénario de la Bretagne doit, en tout cas, faire réfléchir les dirigeants. Dans le cadre d'une triangulaire avec la gauche, Guy Hascoët a fait passer le score d'EE de 12 à 17 % alors même que la participation a augmenté de 4 points. Une partie de l'électorat écologiste ne veut pas d'alliance avec la gauche traditionnelle, du moins tant que celle-ci ne s'est pas profondément rénovée.

    5/ Le désarroi de la droite

    La conservation de l'Alsace et la conquête de la Réunion et la Guyane (avec des spécificités locales très fortes) ne peut consoler la droite. Non seulement elle ne reconquiert aucune des régions prises par la gauche en 2004, mais elle est souvent battue largement par celle-ci. L'UMP est toujours à plus de dix points du président sortant et dans certaines régions, elle subit une humiliation: 26% pour Valérie Létard dans le Nord-Pas-de-Calais (quatre points de plus que Marine Le Pen), 28 % pour Xavier Darcos en Aquitaine... Étonnamment, le discours du second tour ressemblait à celui du premier: on a certes perdu, mais on ne va pas changer grand-chose dans notre façon de faire. Un petit reliftage gouvernemental – avec l'éventuel départ des Hirsch ou Bockel, symboles de l'ouverture sarkozyenne – n'est pas à la hauteur du désarroi d'un électorat qui est nostalgique de l'élan de 2007 et ne retrouve plus son « Nicolas ». La difficulté pour la droite est la rançon de son succès: comme l'UMP a « caporalisé » son organisation, évacué tout débat depuis sa victoire, Copé.jpgtoute critique, même mesurée, est vécue comme un affront, un vrai crime-de-lèse-majesté. La période est propice à des tentatives de dissidence. Dissidence ouverte pour Dominique de Villepin qui veut empêcher la réélection de Sarkozy en 2012. Dissidence feutrée pour Jean-François Copé qui veut se placer en embuscade pour réorganiser la droite après un éventuel échec à la présidentielle. Au centre droit, l'échec du MoDem pourrait donner des envies d'autonomie (relative). L'enjeu pour la droite est le suivant: faire accepter au président de la République l'idée selon laquelle le débat et la contradiction peuvent servir son dessein pour 2012 et non l'entraver. Au vu de l'autisme élyséen, c'est pas gagné...