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UMP - Page 6

  • Ca l'affiche plutôt bien ou... mal

    A une dizaine de jours du premier tour des régionales, il faut bien reconnaître que l'intérêt pour cette campagne se limite surtout aux militants et journalistes politiques. Les partis politiques portent une responsabilité dans ce faible intérêt en ayant « pollué » la campagne par des considérations tout à fait marginales. La droite francilienne (ou du moins une partie d'entre elle) a commis le pêché de vouloir discréditer le PS sortant par l'amalgame et le mensonge (en formulant des accusations graves et en partie infondées contre la tête de liste dans le Val d'Oise, Ali Soumaré). Elle a pris le risque de salir la campagne et d'accroître la méfiance des quartiers populaires à l'égard de la politique. Quant à la gauche, elle s'est emmêlé les pinceaux en Languedoc-Roussillon en attaquant beaucoup trop tardivement le bien peu recommandable Georges Frêche, sans trouver de solution crédible (on imagine mal que Hélène Mandroux, maire de Montpellier, choisisse en cas de victoire d'abandonner un poste qui reviendrait sans nul doute à un « Frêchiste »). Elle a montré ainsi que le niveau national avait un poids de plus en plus réduit par rapport aux notables locaux qui font ici ou là la pluie ou le beau temps.

    Par-delà ces péripéties politiciennes, le faible intérêt pour les régionales traduit aussi la difficulté pour les électeurs à comprendre les clivages politiques sur les domaines d'action des régions. Dans la construction et l'entretien des lycées, dans la mise en oeuvre de la formation professionnelle, pour les transports régionaux, on peine à voir clairement en quoi des politiques de gauche et de droite se séparent foncièrement. C'est d'autant plus difficile de comparer que l'ensemble des régions (à l'exception de deux régions très singulières – la Corse et l'Alsace) a été gérée pendant six ans par la gauche. Il n'en reste pas moins qu'à l'heure de la sur-médiatisation des « bruits de chiotte » politiques, il est très difficile de rentrer dans la complexité des choix politiques. D'une certaine manière, ce constat ne peut que renforcer la volonté du président de la République d'affaiblir les échelons territoriaux, en particulier la région. La défense de celle-ci ne mobilisera pas les foules...

    Prenons la campagne autrement, peut-être par le petit bout de la lorgnette: les affiches électorales des panneaux officiels (en tout cas celles en Ile-de-France). A travers elles, on peut mieux comprendre la stratégie des principales listes. Bien entendu, cet affichage public a un rôle limit155.JPGé dans le choix final des électeurs, mais il est loin d'être anodin.

    Commençons par la liste conduite par Jean-Paul Huchon. Là, on joue la carte de la personnalisation à outrance du président sortant (depuis huit ans). Il s'agit clairement d'installer dans l'opinion l'autorité du chef de la région que le pouvoir central conteste régulièrement, notamment via le chantier du Grand Paris qui vise à affaiblir terriblement l'échelon régional. On remarquera que le slogan « Une région pour tous, une région pour vous » peut convenir à n'importe quel électeur modéré et que le sous-titre Huchon 2010 est écrit en caractère plus gros que « la gauche pour Ile-de-France ». Comme si le clivage politique était finalement très secondaire par rapport au sérieux et à la compétence 160.JPGdu chef de l'exécutif.

    Diamétralement opposé, le choix du Front de gauche. Le slogan choisi (« Une bonne gauche face à la droite »), la photo d'une quinzaine de personnes et surtout les six engagements écrits en bas de l'affiche proposent clairement une alternative au président sortant (même si les deux devraient fusionner au second tour). Pour autant, le message n'est pas très clair. La tête de liste – Pierre Laurent – n'est visuellement pas bien identifiée et elle semble chaperonnée par les trois « ténors » du Front de gauche (Buffet, Mélenchon et Picquet). Alors démarche réellement collective ou accord d'appareil pour constituer une liste?

    A droite, on retrouve un peu le même clivage entre la liste UMP et celle présentée par Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan141.JPG. D'un côté, la plastique impeccable de Valérie Pécresse avec un sourire absolument imbattable, plus les deux premiers de la liste départementale. Le slogan (« Changer pour mieux vivre en Ile-de-France ») est assez discret, écrit en caractères deux ou trois fois moins gros que l'identité des têtes de liste. On a le sentiment que la liste UMP n'a pas su choisir entre l'affichage d'un changement auquel elle ne croit peut-être pas (les sondages lui étant très défavorables) et le côté rassurant de deux figures gouvernementales (P156.JPGécresse et Jouanno). Vu le discrédit qui frappe le gouvernement, il n'est sûr que ce choix soit si judicieux...

    La liste Dupont-Aignan prend le risque d'être bavarde en jouant la carte de la dénonciation. Stigmatisant « le PS, l'UMP et les Verts », le député non-inscrit de l'Essonne croit savoir que la bande des 3 (Le Pen parlait voici une quinzaine d'années de la bande des Quatre mise sur l'abstention des électeurs pour « conserver leur place ». Debout la République enjoint les électeurs de « voter pour les sanctionner » en choisissant des « élus de terrain, courageux,100 % indépendants ». Le propos est « légèrement » démagogique (Dupont-Aignan a longtemps été au RPR puis à l'UMP), mais il surfe habilement sur le désintérêt pour ces élections. Quant à savoir quel programme défendent les « 100 % indépen142.JPGdants », n'en demandons pas trop! 

    A mi-chemin entre la carte perso et la dimension collective, l'affiche d'Europe écologie. Belle photo de Céline Duflot sur fond vert et sur le côté, les petites photos de quatre personnalités: D. Cohn-Bendit, E. Joly, J. Bové et A. Legrand. A part ce dernier, leader des Enfants de Don Quichotte, les trois autres ne sont pas candidats aux régionales, mais ont été les figures médiatiques de la victoire aux européennes. Le fait que la liste mette en avant la carte « Europe écologie » plus qu'un slogan pour le scrutin régional prouve que le choi146.JPGx a été clairement fait de surfer sur la victoire de juin dernier. Attention tout de même à ne pas trop abuser de cette carte de visite!

    Les concurrents de « l'écologie indépendante » prennent le contre-pied d'Europe écologie en valorisant leur slogan assez décroissant (« l'heure n'est plus à aménager le territoire mais à le ménager ») au détriment des têtes de liste dont la notoriété est très limitée. Seule curiosité : une madame Hulot dont on ne connaît pas l'éventuel lien de parenté avec notre Nicolas national...

    Sans vouloir c162.JPGomparer de158.JPGux listes qui ne jouent pas dans la même division, on constatera les choix différents faits par le MoDem et Emergence (une démarche d'essence associative) pour valoriser des candidatures issus de la diversité de la société française. Le sérieux et la personnalisation d'Alain Dolium (MoDem), chef d'entreprise dans le civil, qui entend donner « De l'oxygène pour l'Ile-de-France » (tout un programme!); l'esprit collectif, mais un peu aventurier (« Ensemble, bouleversons la donne ») pour une liste black-blanc-beur conduite par Almany Kanouté, dont la barbe en forme de collier inquiétera certains électeurs-qui-voient-des-islamistes-partout...

     

    PS: Je n'ai volontairement pas traité les affiches du FN (priorité aux Français, comme d'hab') et celle de Lutte Ouvrière (avec deux tonnes de texte). Celle de NPA n'était pas visible le 4 mars, du moins dans mon quartier.

  • Faut-il virer Marie-Luce Penchard?

    Ainsi donc, Marie-Luce Penchard devrait être virée sine die du gouvernement. En tout cas, c'est l'avis du Parti socialiste et de quelques personnalités de droite comme Patrick Balkany (dont les leçons d'intérêt général font sourire si on se souvient de ses frasques financières qui ont fait les dPenchard.jpgélices de la chronique judiciaire). La secrétaire d'Etat aux DOM-TOM, par ailleurs candidate aux régionales sous la bannière UMP, a tenu des propos surprenant pour une représentante de l'Etat. En meeting quelques jours avant d'accompagner le chef de l'Etat dans la région, la fille de Lucette Michaux-Chevry (ancienne présidente de la région) a déclaré qu'elle « n’a envie de servir qu’une population, la population guadeloupéenne. » Nous voilà bien loin de l'attitude normale d'un serviteur de l'Etat qui doit se détacher de ses racines, de ses préférences (géographiques, politiques, religieuses) pour servir le bien commun. Ce à quoi Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a répondu pour éteindre l'incendie. « Il ne faut pas sortir ces propos de leur contexte. Marie-Luce Penchard était auprès des Guadeloupéens, en campagne électorale. En l’occurrence, dans ses propos, elle n’était pas secrétaire d’Etat ».

    Cette (petite) affaire appelle plusieurs remarques de fond sur le fonctionnement de notre système politico-médiatique. D'abord, comment dissocier sa casquette de candidate pour un scrutin local de ses responsabilités ministérielles? On est en plein jésuitisme (pardon pour la compagnie du même nom) et le citoyen ne peut pas comprendre cette confusion des rôles. Il est complètement anormal qu'un serviteur de l'Etat puisse en même temps le candidat d'un parti pour une élection. Qu'il le veuille ou non, il bénéficie des moyens humains et matériels dévolus à l'exercice de ses responsabilités. Un détail ne trompe pas: quand il se déplace sur le terrain, il se fait invariablement appeler Monsieur (ou Madame) le ministre. Même s'il bat la campagne pour sa chapelle... De plus, un ministre qui fait campagne ne voit son indemnité réduite du temps qu'il consacre à ses activités politiques. Il faudra bien un jour s'attaquer à cette étrangeté française qui est à rapprocher de la manie française du cumul des mandats.

    L'autre remarque concerne l'emballement des politiques à réclamer la démission de la fautive. Cela avait déjà été le cas suite aux propos xénophobes de Brice Hortefeux (vous savez quand il y a un "Auvergnat", ça va, quand ils sont nombreux...), à la saillie anti-casquette de Nadine Morano et à d'autres moments que ma mémoire a ensevelis. Des propos, cela se critique, cela peut donner lieu à une citation devant un tribunal et bien sûr à une sanction des électeurs. Mais pourquoi diable faudrait-il renvoyer d'un gouvernement une personne sur ses propos aussi condamnables soient-ils. Il était un temps où un ministre démissionnait (ou était démissionné) lors d'un échec politique majeur. Aujourd'hui, dès que la langue fourche – au nom d'un politiquement correct assez insupportable – il faudrait couper une tête.

    Ce genre de réflexe pavlovien (dont le principal parti d'opposition use et abuse) est problématique pour notre fonctionnement démocratique. A force de vouloir traquer les fausses notes des responsables politiques, on en oublie d'étudier leur politique et d'analyser ce qui est l'essence du politique: peser sur les réalités pour améliorer les choses. Les leaders si prompts à réclamer telle ou telle démission devraient plutôt pointer les insuffisances des politiques menées. Mais – ceci explique sans doute cela - cette stratégie n'alimenterait pas autant le buzz politico-médiatique.

  • Les questions sans réponse de 2009

    Que retiendra-t-on de cette année 2009 qui s'achève dans le débat politique national ? Un seul scrutin majeur a émaillé ces douze derniersP1000265.JPG mois: celui des européennes. Marqué par une abstention massive, ces élections ont fait émerger une force majeure - Europe écologie -, confirmé la puissance électorale de l'UMP et fait apparaître l'échec de la stratégie personnelle, obsessionnellement anti-sarkozyste du MoDem de François Bayrou et l'état calamiteux du parti socialiste, devancé dans plusieurs régions phare (le Sud-Est, Ile-de-France) par les écologistes.


    Sur le plan gouvernemental, le rythme des réformes ne s'est pas ralenti malgré des oppositions très fortes - notamment sur la suppression de la taxe professionnelle - transcendant les clivages politiques. L'équipe Fillon n'a aucun état d'âme, comme on l'a vu lors des deux vols expulsant des sans-papiers afghans. Toutes les réformes, y compris celle sur la Poste, devraient être menées à terme. Peu importe, pour elle, la mauvaise cote de popularité et la colère de plus en plus forte de certains pans de la population. Le duo Sarko/Fillon compte être jugé, au terme des cinq ans, sur le respect de ses engagements. Pas question de fléchir donc! Quitte d'ailleurs à sacrifier les élections régionales de mars. Les derniers mois 2009 ont été cependant périlleux pour l'équipe au pouvoir: fronde des élus locaux, malaise au sein même de l'UMP concernant le débat sur l'identité nationale avec ses relents xénophobes, difficulté à mettre en oeuvre la conversion écologique annoncée (échec de Copenhague pour lequel Sarko a mouillé sa chemise, taxe carbone retoquée par le Conseil constitutionnel).


    Pour la deuxième partie de son quinquennat
    , le Président aurait tout intérêt à infléchir sa façon de gouverner: le mépris qu'il affiSarkozy.jpgche vis-à-vis de toutes les critiques, même venant de son camp, peut se retourner contre lui; son incapacité à laisser travailler l'équipe gouvernementale, sa tendance à court-circuiter les annonces ministérielles l'exposent à toutes les critiques (d'où son différentiel de popularité avec son Premier ministre). En outre, Nicolas Sarkozy va devoir prendre garde à la schizophrénie de sa politique: il donne des leçons de régulation et de moralisation du capitalisme au monde entier, y compris à Barack Obama, mais sa politique intérieure est loin d'être exemplaire à cet égard. Pourquoi s'obstiner à déréguler certains services publics? Pourquoi laisser se goinfrer les grands patrons, comme on l'a vu avec l'affaire Proglio (le nouveau patron d'EDF qui entend conserver son traitement de Veolia)? La question de la cohérence entre le « dire » et le « faire » est une nouvelle fois posée chez le Président. Si, comme c'est probable, les difficultés économiques et sociales s'aggravent en 2010, ce grand écart risque d'être de plus en plus insupportable.

    Dans ce contexte difficile pour la majorité, pourquoi diable l'opposition n'est-elle pas en pointe? Cette question est centrale dans le débat politique. L'émiettement des forces critiquant la politique gouvernementale est une raison majeure. MoDem, Verts, PS, Parti de gauche (un nouveau venu en 2009), PCF, Nouveau parti anticapitaliste (issu de la LCR, mais sans que cette transformation ne donne les fruits escomptés), sans oublier les radicaux de gauche ou les restes du MRC de Chevènement... cela fait beaucoup de forces, parfois faibles, face à un parti présidentiel qui peut rassembler un tiers des suffrages au premier tour d'une élection. Dans ce contexte, l'affaiblissement du parti central de la gauche qu'était le PS sert l'ambition élyséenne.

    La gauche est maintenant organisée autour de trois pôles qui ont du mal à s'articuler: un pôle écologiste (que pourraient renforcer certains déçus du MoDem, telle Corinne Lepage), un pôle socialiste extrêmement divisé, toujours incapable de clarifier les questions de son programme et de son leadership) et un pôle gauche de la gauche lui-même divisé entre les participationnistes du duo PCF/Parti de gauche et les intransigeants du NPA qui n'arrivent à dépasser les 5% malgré l'extrême popularité de leur leader. Tout cela rappelle le morcellement politique italien et c'est ainsi que Berlusconi a pu être réélu sans problème.

    Vu la déconnexion entre élections locales et scrutin présidentiel, on peut déjà dire que la probable victoire de la gauche aux régionales (qui au pire devrait perdre une ou deux présidences) ne changera pas la question centrale: autour de quelle matrice idéologique la gauche doit-elle se réinventer? Peut-elle encore bricoler son modèle social-démocrate à bout de souffle (comme l'ont prouvé les élections allemandes)? Doit-elle se réinventer autour de l'urgence écologique, ce qui suppose des choix hardis en termes industriels, énergétiques, agricoles?

    Le seul élément qui pourrait accélérer les choses serait la prise par Europe écologie d'une ou deux régions. Non seulement cela donnerait l'occasion aux écologistes d'expérimenter leurs idées, mais cela recomposerait la gauche. De nombreux militants et élus du PS, dégoûtés des pratiques de l'appareil et de certains barons locaux, seraient tenter d'aller voir du côté de cette nouvelle force. Histoire de voir si l'herbe y est plus verte que dans le vieux parti d'Epinay...

  • Sarkozy ou la tentation populiste

    Sarkozy.jpgNicolas Sarkozy est à mi-chemin dans l'accomplissement de son premier mandat. Deux ans et demi, c'est court, mais cela paraît déjà extrêmement long. Il y a une promesse que le président a tenu: celle de la rupture. Dans le style, tout le sépare de son prédécesseur: son interventionnisme permanent sur tous les sujets (Chirac n'intervenait publiquement que dans les grandes occasions), l'absence d'autorité du Premier ministre (alors que Raffarin et Villepin en avaient), l'obsession de la communication (qui existait déjà avant, mais dans des proportions moindres), sans compter l'affichage de la vie privée (alors que l'ancien président se faisait discret...).

    Mais il y a aussi le fond. On pourrait ainsi faire la liste des promesses tenues – elles sont nombreuses – et celles complètement oubliées. J'en citerai deux, emblématiques: la défense du pouvoir d'achat des Français (pas brillant, et ce avant même le début de la crise financière) et la fin de la Realpolitik en politique étrangère. Avec les Russes, les Chinois et les dictateurs africains (regardez l'épisode tragico-comique au Gabon), le président oublie allègrement la question des droits de l'homme. Business is business... On aimerait entendre un peu André Glucksman qui s'était rallié à Sarko sur cette question. Le seul pays avec lequel l'Elysée maintient un discours dur est l'Iran. Comme s'il fallait faire plaisir aux sionistes les plus exaltés qui y voient le nouveau péril mondial.

    Ce qui me semble le plus intéressant à analyser, c'est la méthode Sarkozy. L'idée sous-jacente du Président, c'est qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, autrement dit que rien n'est possible dans ce pays si on n'y va pas franchement. On arrive à une situation où toute réforme passe par une phase de démolition de l'acquis. Pour supprimer le juge d'instruction, on monte en épingle diverses affaires dont celle d'Outreau ou la remise en liberté de tel ou tel malade sexuel. Au lieu de s'interroger sur la responsabilité des uns et des autres dans ce grand scandale judiciaire - y compris celle du parquet et le juge des libertés publiques - au lieu de renforcer l'accompagnement psychologique des délinquants sexuels pour réduire le risque de récidive, on émet des propositions simplistes (la castration chimique), on brandit un bouc-émissaire, on dénigre toute une profession, laquelle se sentant agressée se défend, ce qui donne prise à l'accusation de corporatisme.

    Le même procédé a été utilisé vis-à-vis des enseignants, des fonctionnaires, des étrangers mais aussi des élus locaux qu'on accuJuppé et Raffarin.jpgse de faire flamber les impôts locaux pour mieux leur imposer une réorganisation hasardeuse (ce qui expliquent la fronde de deux anciens premiers ministres, Raffarin et Juppé). Cette brutalisation du corps social pose question car le pays rumine ses inquiétudes, ses peurs. Le pouvoir central en rajoute une louche en se croyant tout permis, comme l'a prouvé l'affaire Jean Sarkozy.

    Cette violence du pouvoir vis-à-vis de la société pose problème à trois niveaux. D'abord, elle a tendance à compliquer l'avancée des dossiers. Sur la taxe professionnelle, personne ne sait aujourd'hui quel régime fiscal s'appliquera aux collectivités locales. Cette méthode qui entendait accélérer les décisions risque au contraire de les ralentir.

    D'autre part, cela provoque des réactions violentes voire désespérées de la part de ceux qui sont agressés dans leur métier, dans leur identité. Les syndicats partisans de la négociation (la direction de la CGT, la CFDT) sont affaiblis en interne et en externe (SUD a le vent en poupe). La situation dans les quartiers populaires devient très lourde avec la mise au chômage de milliers d'intérimaires et la clémence de la justice vis-à-vis de comportements violents de certains policiers. Le politique qui devait mettre de la cohésion, faire du lien entre des groupes souvent en opposition a tendance à accentuer les divisions, à souffler sur les braises.

    Enfin, l'affaiblissement voulu par l'Elysée de tous les contre-pouvoirs (syndicats, juges, presse) aboutit à une sorte de désert social et politique. Le sens du collectif s'efface grandement, chacun essaye de protéger ce qui peut l'être encore, tout le monde a peur de l'avenir. Dans ce contexte, le populisme est exacerbé. Un candidat exaltant le ras-le-bol des élites et du parlementarisme, la province contre Paris, ceux qui travaillent contre ces fainéants de chômeurs pourrait ramasser la mise en 2012.

    Alors Sarkozy et son entourage sont-ils conscients de ce risque? Difficile de répondre. Mais de deux choses l'une. Soit ils jouent avec le feu sans le savoir et il serait temps de se réveiller. Soit ils préparent ainsi le terrain pour la réélection de Sarkozy. Celui-ci pourrait prendre à témoin le pays des blocages et des privilèges des uns et des autres (y compris ceux des grandes fortunes?) pour proposer une méthode forte permettant de nettoyer la France. Le premier charter d'Afghans, la remise sur le tapis de l'identité nationale et la volonté de réprimer les mineurs dits délinquants laissent craindre que la tentation populiste taraude le pouvoir central.